méandres de la folie

Publié le par Clarinette

Régis Jauffret

 

Régis Jauffret est un auteur à part dans le paysage littéraire français. Je l’ai découvert par hasard en lisant il y a quelques années dans Télérama une critique sur Clémence Picot. Quelque chose m’a donné envie de lire ce livre dont le sujet ne paraissait pourtant pas évident. Ma fascination pour les personnages tourmentés et solitaires, sans doute…Je n’ai lu que deux livres de Jauffret :

 

Clémence Picot

 

Clémence a trente ans. Elle est vierge, infirmière de nuit et vit seule dans un appartement boulevard Saint-Michel. Elle rend visite de temps en temps à son vieil oncle sénile, adopte un chien pour meubler sa solitude et met à faire une fixation sur sa voisine Christine et son fils de dix ans. Difficile de décrire le style de Jauffret. Le livre est brillamment écrit, tantôt à la première personne, tantôt du point de vue de Clémence, tantôt du point de vue de Christine. Je dirais qu’on tourne en rond dans la tête de Clémence et qu’on explore méthodiquement le moindre recoin de sa folie, de ses fantasmes et de ses obsessions.

Il faut s’accrocher pour lire ce livre, mais l’effort vaut le détour, tant il est bien écrit.

 

Premières phrases : « Je m’appelle Clémence Picot. Je viens d’avoir trente ans. J’habite boulevard Saint-Michel. Je travaille dans une clinique où je suis infirmière de nuit. Mes parents sont morts, je n’ai d’autre famille qu’un vieil oncle dans le Marais.

A la clinique, je croise parfois dans le hall ma collègue qui assure le rez-de-chaussée. Nous nous saluons d’un hochement de tête. Je m’occupe du premier étage. En début de soirée, je distribue des hypnotiques aux insomniaques. Ma tournée terminée, je m’assois dans l’infirmerie et j’attends. »

Editions  Gallimard, Collection Folio.

 

Fragments de la vie des gens

 

Recueil de nouvelles. Dans la même veine que Clémence Picot. Des tranches de vie de gens ordinaires. Régis Jauffret s’immisce dans leur intimité, décortique leur solitude et leurs souffrances.

 

Premières phrases : « On leur montrait des petits jouets en caoutchouc, des canards, des kiwis, d’horribles cygnes crasseux avec de la mousse de savon séchée sur le bec. On les jetait par paquets dans l’eau qu’on agitait avec la main pour créer une tempête dans la baignoire. On leur disait de rire, de se déshabiller, de se déshabiller, de les rejoindre avant que l’eau refroidisse. On se penchait sur eux, on les grondait. Ils n’aimaient pas les grosses bouches des adultes, les langues longues, roses, les dents jaunes, avec au fond des trous remplis de fer et d’or. »


Edition Gallimard, Collection folio, 368p.

 

Je me promets toujours de lire ses autres livres. Mais la lecture des romans de Régis Jauffret demande un certain effort et surtout un bon moral car ils ne respirent pas vraiment le bonheur. Ils valent toutefois le détour car ils sont écrits dans une langue simple précise et vraie. Il explore les méandres de la nature humaine avec beaucoup de talent. Une fois qu’on a réussi à entrer dans cet univers particulier, on se laisse porter et on est malgré soi fasciné. Une écriture sans complaisance et sans concession.

Régis Jauffret a sorti dernièrement Asile de fous

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