Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : les lectures de Clarinette
  • : Journal de bord de mes lectures...avec mes petits mots à moi.
  • Contact

Association Miandra


Recherche

Je suis aussi là

Mon profil sur Babelio.com

Archives

je suis en train de lire...

 

 

la-vie-d-une-autre-frederique-deghelt

La vie d'une autre

 

Frédérique Deghelt

2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 00:11
Ce livre m'a à la fois touchée, gênée, boulversée et troublée. Emmanuel Carrère y explore plusieurs aspects de son histoire personnelle et familiale et tente de recoller les morceaux de sa vie. A travers ce récit, il entreprend une sorte de thérapie, brise un silence qui a traversé trois générations et ose s'attaquer à un sujet tabou, occulté en particulier par sa mère : la disparition mystérieuse de son grand-père à la fin de la guerre.
Sous prétexte de tourner un film documentaire sur une petite ville de province perdue, Kotelnitch, il effectue une sorte de pélerinage en Russie au cours duquel il tente de pratiquer la langue qu'il a parlé enfant et qu'il a perdu depuis. J'ai particulièrement aimé ces passages où Emmanuel Carrère décrit parfaitement et sans détours ses rencontres, ses impressions et son ressenti.
En revanche, la description de sa relation avec Sophie, sa compagne, m'a par moments dérangée. Il s'y montre sous un jour assez égoïste et machiste, mais il a le mérite de faire preuve d'honnêteté et de sincérité. Comme dans tout récit autobiographique il y a un côté impudique et nombriliste qui peut parfois être agaçant, mais, heureusement, il y a la plume d'Emmanuel Carrère. La lettre adressée à sa mère à la fin du livre m'a émue aux larmes et j'ai du faire une pause avant de la lire jusqu'au bout.
L'auteur de La moustache, L'adversaire et La classe de neige a toujours cette capacité d'aller au fond des choses. Une quête de vérité que l'on trouve déjà dans ses précédents romans, ici, c'est de sa propre vérité dont il s'agit.


extrait : "Tout de même, pourquoi Kotelnitch ? Quand je dis, pour aller vite, que je veux y retrouver mes racines, c'est de la blague. je n'en ai aucune à Kotelnitch, et au fond aucune en Russie. L'arrière-grand-oncle qui a été six mois gouverneur de Viatka et qui défenestrait les musulmans fait toujours grand effet quand j'en parle. sacha l'écologiste s'est offert à lancer des cherches sur lui dans les archives, j'ai dit oui oui d'un air enthousiaste mais en réalité je m'en fous. Mon grand-père était géorgien, ma grand-mère  a grandi en Italie, les vastes domaines de mes arrières grands-parents m'indiffèrent. Cette terre ne m'est rien, seulement la langue qu'on y parle. ce n'est pas ici que ma mère l'a apprise et parlée, que je l'ai entendue enfant, mais à Paris. alors pourquoi aller à Kotelnitch, sinon parce que s'est échoué là le destin de ce Hongrois qui me permet d'approcher par un chemin détourné celui de mon grand-père ?
Parfois, je me dis ceci : qu'il s'agit d'un trajet dont le point a est l'histoire du Hongrois, le point z celle de Georges Zourabichlivi, et qu'entre ces deux points je ne sais pas ce qu'il y a. Le pari, que rien ne justifie rationnellement, est de le trouver à Kotelnitch. J'aurais pu aller en Géorgie, suivre l'émigration de mon grand-père, Tbilissi, Istanbul, Berlin, Paris, Bordeaux, jusqu'à cette avenue que j'imagine bizarrement écrasée de soleil où se trouvait l'immeuble de la Kommandantur. mais non, c'est Kotelnitch."


Un roman russe, Emmanuel Carrère, Folio, 399 p.

Repost 0
27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 00:20
Paul Hasselbank est toulousain, il  est gravement malade. Sa femme, Anna, l'a quitté pour aller vivre au Canada. Il  part à sa recherche, en plein hiver, dans le grand nord canadien, il y rencontre  Floyd Paterson, un ancien amant d'Anna qui vit seul dans une maison au bord d'un lac. Paul se retrouve enfermé chez lui à cause d'une tempête de neige. Paul voit en Floyd "l'homme entier" celui qui a su offrir à sa femme ce que lui-même ne pouvait lui offrir. Au milieu des éléments qui se déchaînent, les deux hommes, intrigués et fascinés l'un part l'autre, s'observent...Confronté à cette nature hostile, Paul Hasselbank tente de panser ses plaies physiques et morales. Floyd, lui, est un grand chasseur à l'arc qui vit en contact étroit avec la nature, en harmonie avec les animaux qui l'entourent.
Jean-Paul Dubois s'interroge sur l'animal qui sommeille en chaque être humain, sur sa part de sauvagerie et de bestialité qui apparaît notamment à travers le spectacle d'ultimate fighting auquel assiste Paul.
C'est aussi un roman sur le mâle et sa virilité, son désarroi devant le "mystère féminin". Les deux protagonistes, chacun à sa façon, ont été confrontés à des femmes qui sont pour eux des énigmes.
J'aime beaucoup le regard que Jean-Paul Dubois porte sur les choses, les hommes, les animaux, la nature, le monde en général...
C'était déjà le cas avec Une vie française, mais j'ai trouvé qu'ici il abordait ces sujets avec encore plus de profondeur, à la recherche de ce qui fait l'essence de l'homme...
  
extraits : "Je reste étendu là, persuadé qu'un lien naturel nous rattache au monde des animaux. Souvent la présence des animaux nous tire vers ce mystère-là. Nous avons en commun avec eux les les brûlures  de la faim et de la peur, ainsi que la présence de sel dans notre sang...Je suis revenu au camp en pensant à la complexité des rapports qu'entretiennent les animaux avec le temps et l'espace : leurs migrations, leur patience, leurs réseaux et repaires. Ont-ils vraiment des désirs, du courage, de la perspicacité ? Peu d'êtres vivants nous défient à la manière des animaux sauvages. Ils nous bouleversent comme le font les grandes marées, nous hantent en posant sans cesse les questions de détermination, du sens de la responsabilité, de l'importance de la génétique et du passé en général."

[...] "C'était le spectacle le plus répugnant auquel il ait été jamais convié. ces combats sans règles ni limites étaient retransmis par des chaînes de télévision à péage qui réalisaient là leurs plus belles audiences. La recette était simple : à l'intérieur d'un ring ceint de hauts grillages, on enfermait deux hommes pêchés dans quelque torrent de misère avec pour instruction de s'entretuer comme des chiens de combat. Tous les coups, toutes les prises, toute la sauvagerie de la terre étaient ici requis. Pas de gants, pas de protections et surtout beaucoup de sang. Evidemment pas d'arbitre ni de victoire aux points. Le gagnant, celui qui emportait la prime, était le survivant, celui qui, à la fin, tenait encore debout. Entre ces combats qui rappelaient les origines des temps, une équipe denettoyage lessivait le ring pour laisser place nette aux nouveaux guerriers qui se jetaient l'un sur l'autre au milieu d'une foule délirante. Voilà ce qu'était l'Ultimate Fighting, une petite fin du monde filmée, une "bascule des civilisations"..."

Hommes entre eux
, Jean-Paul Dubois, Points, 183p.

Repost 0
8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 21:56
J'ai eu l'occasion dernièrement de passer deux fois quelques jours dans le Médoc, c'est ce qui m'a donné envie de lire La Baïne. Un roman noir sur fond de terroir.
A Soulac, Sandrine, mariée,deux enfants, une vie rangée, sans histoire et vaguement ennuyeuse, fait la connaissance d'Arnaud, "l'Etranger", un photographe parisien venu en repérage pour un film. Sandrine va l'aider, l'aimer et s'épanouir à son contact, tandis que lui va reprendre goût à la vie alors qu'il ne croyait plus en rien. Mais les soulacais finissent par découvrir leur liaison et ne la voient pas d'un bon oeil...
Sous la plume d'Eric Holder, le Médoc prend un aspect lourd et menaçant.
L'auteur connaît parfaitement la région puisqu'il y vit. Ses habitants , quasi insulaires sont méfiants voire hostiles vis-à-vis de tout ce qui vient d'ailleurs. Attachés à leurs femmes, comme à leurs terres, les hommes pour la plupart chasseurs ou pêcheurs voient en Arnaud un prédateur venu voler leur bien.
Un roman très prenant où la tension monte imperceptiblement...
 
premières phrases : "Autrefois le Médoc ne ressemblait pas à une corne défiant l'Atlantique et protégeant l'oeil de Bordeaux. C'était au nord un chapelet de rochers émergés, une terre inégale au sud, sans cesse transformée par les marées et l'érosion. Il aura fallu le travail opiniâtre, séculaire, de l'homme pour scinder l'eau qui nous entoure entre océan et Gironde, assécher celle des marécages et donner à un banc de sable troué l'allure d'une péninsule.
"Médoc", la région au milieu du flot. De là vient qu'à Soulac, située près de la pointe, côté salé, on nous prête un tempérament d'îliens. Et certes, lorsque nous gagnons Le Verdon, la commune voisine, du côté saumâtre où s'engouffrent les cargos, nous ne pouvons nous défaire du sentiment que le continent se trouve sur la rive opposée, en Saintonge."

La baïne
, Eric Holder, Points, 188p.

plage de Soulac


Repost 0
1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 01:05
 
En lisant la quatrième de couverture et en découvrant le sujet de ce roman, j'avoue que j'ai eu un peu d'appréhension.
Florence Ben Sadoun était la maîtresse de Jean-Dominique Bauby. Pour mémoire, celui-ci a été victime du locked-in syndrome suite à un accident. C'est aussi l'auteur de Scaphandre et le papillon que je n'ai jamais eu le courage lire et dont un film a été tiré récemment. Complètement paralysé, il ne pouvait communiquer qu'en clignant un oeil. Dix ans après, elle relate les derniers moments passés avec lui, effectue des retours en arrière sur leur rencontre et leur liaison, évoque aussi sa propre enfance et sa famille. Cette lecture m'a laissé une impression mitigée. L'auteur s'adresse à Jean-Dominique Bauby, tantôt en le tutoyant tantôt en le vouvoyant, je n'ai pas compris pourquoi et ça m'a agacée. Elle règle ses comptes avec le milieu hospitalier, le personnel de l'hôpital de Berck (le "Vomi" !), qu'elle décrit comme des gens déshumanisés surtout intéressés par la célébrité du grand homme. Et puis surtout elle tente de reprendre sa place, celle de la dernière femme que Bauby a aimée et qui l'a aimé. Celle qui a été mise à l'écart puisqu'elle n'était pas la veuve "officielle".   
Florence Ben Sadoun a une belle écriture, mais un peu décousue et un peu trop stylisée à mon goût. J'ai trouvé qu'elle abusait des effets de phrases, des métaphores... J'ai eu le sentiment qu'elle vidait son sac et se déchargeait de son amertume. Je n'ai pas détesté lire ce livre. Mes passages préférés sont ceux où elle parle de son enfance. Mais je n'ai pas vraiment été touchée, je n'ai ressenti d'émotion qu'à de rares moments.

extrait : "A partir du moment où j'entre dans votre chambre, je suis accrochée à votre regard comme Bernard à son Ermite. Il est vif, beau, intelligent et unique. Ils ne vous ont laissé qu'un oeil pour faire valoir que vous êtes là et pour vous défendre. L'autre, ils l'ont cousu. Pour toujours. Sauvagement, sans anesthésie. Je n'ai pas compris tout de suite que c'était pour toujours, mais j'ai pleuré beaucoup ce jour-là. Vous ne m'avez plus jamais regardée avec vos deux yeux, plus jamais caressée même du regard.
Je t'appartiens à ce premier clin d'oeil et ne fais plus jamais le moindre geste sans vous quitter des yeux, en restant le plus possible dans le champ étroit de votre vision. Ce fil qui nous unit et qui te relie surtout à la vie est d'une puissance insoupçonnable. Vous m'accrochez avec votre oeil aussi violemment que vous pouviez me prendre dans un lit. Quand tu me disais fermement "Ne bougez plus !"

 
La fausse veuve, Florence Ben Sadoun, Denoël, 107p.

Cathulu, Lo et Frisette l'ont lu aussi


Merci à Violaine de Chez les filles  et aux Editions Denoël pour cette lecture.
Repost 0
10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 12:53















Ce qui m'attirée chez Annie Ernaux : la manière dont elle aborde son intimité. J'avoue que j'ai un petit faible pour les auteurs qui se dévoilent : Nicolas Fargues, Christine Angot (avec beaucoup moins de talent)...
Dans ces trois livres, donc, elle se raconte. Dans le premier (Passion simple), elle fait le récit de sa passion pour un homme. Le deuxième (L'occupation) est un peu la suite du premier : elle est séparée de cet homme mais est littéralement habitée par une jalousie dévorante pour la femme de celui-ci. Le dernier (Se perdre)est le matériau qui a servi à l'écriture du premier : le journal intime qu'elle écrivait à l'époque de sa liaison avec S., un diplomate russe.
Annie Ernaux explore ses sentiments et ses pulsions les plus profonds, expose sa jouissance et sa souffrance sans concession. Ca pourrait être dérangeant, on pourrait se sentir voyeur mais ça n'est pas le cas car du début jusqu'à la fin ça reste l'oeuvre d'un écrivain. Ce n'est pas seulement le récit d'une passion charnelle c'est aussi celui d'une passion pour l'écriture. Annie Ernaux puise dans sa vie, la sublime pour créer son oeuvre. Elle n'écrit pas pour gémir, elle écrit pour se connaître car "la connaissance libère toujours". Un mot me vient à l'esprit quand je pense à l'écriture d'Annie Ernaux : l'élégance.

extraits : "Il est évident que cette perte du sentiment de soi, comme dans l'alcool ou la drogue, est ce qu'il y a de plus désirable et de plus dangereux, du moins pour moi."
"Je ne peux pas dire que les hommes me perdent, ce n'est que mon désir qui me perd, la soumission à (ou la quête de) quelque chose de terrible, que je ne comprends pas, né dans l'union avec un corps, et aussitôt disparu." (Se perdre)


Passion simple, L'occupation, Se perdre, , Annie Ernaux, Editions Gallimard, Collection Folio.







Repost 0
7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 16:24
j---taisderri--retoipoche.gifJ'ai pris ce livre avec un mélange d'appréhension et de curiosité. Et puis, dès les premières phrases, j'ai été happée. Nicolas Fargues s'adresse au lecteur comme s'il se confiait à un vieux pote de toujours. Il raconte son histoire, celle de sa vie de couple perturbée et finissante avec Alexandrine, sa femme africaine, celle de son amour pour Alice une femme rencontrée lors d'un week-end en Italie. Il se dévoile, se déshabille se met à nu devant nous, lecteurs, et c'est troublant. Il n'y a rien d'indécent ni d'obscène dans ce déballage intime. Il frôle la ligne rouge sans jamais la dépasser et ne porte jamais atteinte à la pudeur ni à la dignité de ses protagonistes.
On entre directement dans la tête d'un homme. On a ainsi accès à ses pensées, son ressenti d'homme moderne, de mâle occidental "castré", dépossédé de ses attributs virils par une femme autoritaire et possessive.
J'ai pu être agacée par son ton de victime, j'ai pu penser qu'il en rajoutait, j'ai pu avoir du mal à croire à son histoire d'homme maltraité. Et aussi, j'ai eu du mal à accepter la théorie selon laquelle, ses problèmes de couple venaient de la différence de couleur de peau entre sa femme et lui, du fameux impossible dialogue Nord-Sud. Comme si, pour vivre ensemble et en harmonie, il fallait forcément être de la même culture et de la même couleur. Et puis sa rancoeur, déjà très présente dans Rade Terminus, vis à vis de l'Afrique et des Africain(e)s m'a mis mal à l'aise.
Mais j'ai adoré le lire,  j'aimerais être capable de me livrer avec autant de liberté et de facilité. J'imagine quel exutoire cela a du être pour lui.
Et enfin le récit de son histoire d'amour avec Alice est très belle, comme on aimerait tous en vivre. Ses descriptions de l'Italie et des Italiens sont magnifiques sans doute idéalisées par l'amour qu'il porte à une Italienne mais elles donnent envie d'y partir tout de suite.
Certains de ses propos m'ont heurtée, mais
j'ai été séduite par la transparence et la sincérité dont fait preuve Nicolas Fargues dans ce livre, je me suis sentie concernée par son histoire. C'est, à mon avis, le principal atout de ce roman.

extrait"En fait, j'ai attendu la trentaine pour comprendre que j'étais exactement comme tout le monde et qu'on était tous dans la même galère, que j'avais été un sacré abruti de me croire au-dessus de la mêlée. d'ailleurs, ma psy, c'est ce qu'elle m'a dit dès notre première séance au mois de juin : "maintenant, vous n'êtes plus au-dessus des autres, vous êtes parmi les autres", en insistant bien sur parmi.  Les autres, avant, moi, je pensais que je n'avais rien à leur dire. Mais, les autres, j'ai été bien content de les trouver, quand j'ai eu besoin de parler. Parce, que tu sais, avant, je ne parlais pas. Monsieur pas de problème, je te dis. Et, aujourd'hui, je peux te dire que c'est parce que j'ai parlé des heures, à des oreilles attentives ou non d'ailleurs, peu importe, que je m'en suis tiré. Oui je le dis haut et fort : Merci les autres, merci ! Vous m'avez sauvé la vie, et pardonnez-moi de vous avoir si longtemps pris de si haut, je vous jure que j'ai bien retenu la leçon et que je ne le ferais plus !"

undefinedundefinedundefinedJ'étais derrière toi, Nicolas Fargues, Editions P.O.L, Collection Folio, 236p.
Repost 0
15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 23:18
enfantoctobre.jpgLe 16 octobre 1984 Grégory Villemin, 4 ans, est retrouvé mort assassiné dans la Vologne.  Philippe Besson relate les faits avec beaucoup de précision mais dans un style romanesque. Il raconte l'histoire d'un couple, d'une famille. Son livre dépasse largement le simple récit d'un fait divers. Il ne s'agit pas non plus d'une enquête ni d'un témoignage.  Bien sûr il met l'accent sur les lacunes de la justice, les bourdes du juge Lambert et la "voracité" des médias mais il s'attarde surtout sur le portrait de la mère de Grégory qu'il présente comme un femme malmenée et meurtrie. Le récit très précis des faits, alterne avec les pensées et les états d'âme de Christine Villemin que Philippe Besson a imaginées.
L'atmosphère m' a un peu rappelé celle des Ames grises de Philippe Claudel : lourde, pleine de non-dits et de secrets et le style de Besson se rapproche un peu de celui de Claudel. A travers cette étude d'un fait divers, il explore l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus sombre et de plus bas. Ce livre a été controversé et contesté par la famille Villemin elle-même qu'il n'a jamais rencontré. On reproche notamment à l'auteur de prêter à Christine Villemin des pensées et des propos qu'elle n'a jamis tenus.
C'est vrai que le livre oscille entre le roman et le récit. C'est un peu dérangeant. 
En dehors de cela, si on fait abstraction du fait qu'il s'agit de faits réels c'est un livre très bien écrit et une oeuvre très forte.

premières phrases : "Un matin d'octobre 1984, à la une des journaux, on découvre le visage d'un enfant, quatre ans peut-être, une espièglerie dans le regard, des boucles brunes, une bouille ronde et souriante. Immanquable, le sourire. Les titres au-dessus de la photo sont sans équivoque : "un crime abject", "l'horreur", "le drame", des mots comme cela, des mots lourds de sens, l'annonce d'un malheur. Et c'est saisissant, ce contraste, l'écart insupportable entre la jovialité de l'enfant et la dureté des mots.
Oui, un matin d'octobre 1984, la France se réveille avec la mort d'un enfant, avec un cadavre retruové ligoté le long des eaux glacées d'une rivière des Vosges. Le meurtrier a visiblement agit avec calme et sang-froid, sans brutalité superflue. Tout de suite, le prénom de l'enfant s'inscrit dans la mémoire collective : Grégory.
Il y subsiste."


smil-titcoeur.gifsmil-titcoeur.gif L'enfant d'octobre
, Philippe Besson, Editions Grasset,191p.

interview de Philippe Besson
Repost 0
1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 00:53

--mesgrises-copie-1.jpgDécidément, mes lectures de vacances ne sont pas gaies ! Les âmes grises porte bien son titre. L'intrigue démarre comme dans un polar. Une fillette est retrouvée assassinée dans un village pendant la guerre de 14-18. Son corps gît près du château du procureur Destinat, un notable de la région. Le narrateur est policier. Il va enquêter à sa façon sur ce crime, mais, plus que ça il va observer ses concitoyens : leurs lâchetés, leur étroitesse d'esprit, leur mesquinerie, la bassesse humaine en général, la part de monstruosité qui peut exister chez des gens ordinaires. Le narrateur lui-même n'échappe pas à ce sort. Les seuls êtres "purs" sont frappés brutalement par la mort. Avec en arrière-plan la guerre, le bruit des canons tout près du village qui reste épargné, les blessés, les "gueules cassées" qui reviennent du front et qui troublent la paix des villageois.
Philippe Claudel a un style assez rude mais beau. Il décrit parfaitement, le froid, la grisaille, la haine et la rancoeur.
Un roman pessimiste et amer qui donne une image plutôt sombre de la nature humaine.

premières phrases : "Je ne sais pas trop par où commencer. C'est bien difficile. Il y a tout ce temps parti. Que les mots ne reprendront jamais et les visages aussi, les sourires, les plaies. Mais il faut tout de même que j'essaie de dire. De dire ce qui depuis vingt ans me travaille le coeur. Les remords et les grandes questions. Il faut que j'ouvre au couteau le mystère comme un ventre, et que j'y plonge à pleines mains, même si rien ne changera à rien.
Si on me demandait par quel miracle je sait tous faits que je vais raconter, je répondrais que je les sais un point c'est tout. Je les sais parce qu'ils me sont familiers comme le soir qui tombe et le jour qui se lève. Parce que j'ai passé ma vie à vouloir les assembler et les recoudre, pour les faire parler, pour les entendre. C'était jadis un peu mon métier."



smil-titcoeur.gifsmil-titcoeur.gifLes âmes grises, Philippe Claudel, Le livre de Poche, 280p.

Repost 0
12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 13:18

 


ensemble-c--est-tout.gifAprès American Darling, j'avais besoin de légèreté. Et j'ai été servie avec Ensemble, c'est tout. L'histoire est simple : c'est celle de la rencontre entre quatre personnes que tout oppose et qui vont finir par vivre ensemble. Le personnage central est Camille. On ne sait pas grand'chose d'elle, sinon qu'elle a vingt-sept ans qu'elle est plus ou moins anorexique, qu'elle est solitaire, que c'est une artiste... Une petite communauté va se créer autour d'elle : un cuistot bougon, un aristo timide, une mémé désorientée... En feuilletant ce livre qu'une collègue m'a prêté, j'ai eu un peu peur : beaucoup de dialogues, des phrases très simples et très courtes, du langage quasi-parlé...Et puis finalement, je me suis laissé prendre au jeu. On frôle presque la mièvrerie et les bons sentiments, par moments. Mais Anna Gavalda a réussi à injecter dans son roman une petite dose de piquant et a l'art de croquer les scènes banales du quotidien et de faire le portrait de gens ordinaires. Et elle donne par la même occasion une belle leçon de solidarité. Et ça se laisse lire, vraiment. Ca se déguste comme une friandise. Un peu de chaleur et d'humanité dans ce monde cynique, ça ne fait pas de mal.

Il ne me reste plus qu'à aller voir le film, chose que je vais faire très vite. J'imagine très bien Audrey Tautou dans le rôle de Camille.

Il y a quelques années, j'ai lu Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, j'avais surtout été attirée par le titre. Mais je n'ai gardé qu'un souvenir très vague du livre. Il faudrait que j'y jette un oeil si j'arrive à remettre la main dessus. Mais aussi, j'ai pensé aux romans de Daniel Pennac (enfin...j'ai eu l'impression d'y trouver la même atmosphère...) que je n'ai jamais réussi à lire en entier. Peut-être serait-il temps que je m'y mette ?

extrait : "On est mal, là, on est mal...", avait-il pressenti et il s'était gouré. Jamais de leurs vies ils n'allèrent aussi bien au contraire.

Dit comme ça, c'est un peu cucul évidemment, mais bon, c'était la vérité et il y avait bien longtemps que le ridicule ne les tuait plus : pour la première fois et tous autant qu'ils étaient, ils eurent l'impression d'avoir une vraie famille.

Mieux qu'une vraie d'ailleurs, une choisie, une voulue, une pour laquelle ils s'étaient battus et qui ne leur demandait rien d'autre en échange que d'être heureux ensemble. Même pas heureux d'ailleurs, ils n'étaient plus si exigeants. D'être ensemble, c'est tout. Et déjà c'était inespéré."

smil-titcoeur.gifsmil-titcoeur.gifEnsemble, c'est tout Anna Gavalda, J'ai lu, 574p.

 

les avis de Caroline et de Lilly

Repost 0
29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 00:12
Paris, place Edgar Quinet, Joss Le Guern, ancien marin est crieur. Il lit des annonces que les gens déposent dans son urne accrochée à un arbre. Depuis quelques temps, il reçoit des messages mystérieux écrits en vieux français. En même temps des 4 bizarres, tracés à l'envers apparaissent sur des portes. Puis, un homme est retrouvé mort dans son appartement.
 En général, je me méfie un peu des polars, où l'histoire se fait parfois au détriment du style. Mais ici, on s'éloigne très vite du polar classique, plan-plan, avec le commissaire chargé d'élucider un crime. D'abord parce que Fred Vargas possède une plume bien à elle qui donne une saveur particulière à ce roman. Et puis, l'atmosphère de ce livre est particulière, les personnages sortent de l'ordinaire. Le commissaire Adamsberg, homme nonchalant et rêveur, travaille à l'instinct et à l'intuition. Au départ, j'ai eu du mal à situer l'époque où se déroule l'histoire. Fred Vargas décrit  un Paris intemporel, populaire, où il existe une vie de quartier
, des métiers insolites tels qu'un crieur, un érudit-pestologue-femme de ménage, un conseilleur-dentellier... Elle mélange les époques en apportant même des références moyenâgeuses. Ce qui est agréable dans ce livre, c'est qu'on sent que l'auteur s'est documentée, elle possède une vraie érudition et parsème son roman de petites touches de poésie et d'humour. Au plaisir de l'intrigue policière s'ajoute le plaisir de se cultiver et celui de la langue.
Un vrai coup de coeur qui m'a donné envie de découvrir d'autres aventures du commissaire Adamsberg.

extrait : "Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d'une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d'accastillage qui ne l'avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses étaient à l'évidence chargé d'une énergie tout entière concentrée pour emmerder l'homme. La moindre faute de manipulation parce que offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme , du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l'homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l'araignée en quête d'inaccessible, déclenchant pour son prédateur, l'Homme, une succession d'épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d'ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d'un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaissement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C'est ainsi que les choses, animées d'un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d'esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l'homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme un chien, n'épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Joss n'aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu'aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l'âme et la troisième vie."

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Editions J'ai lu, 347p.

Repost 0

J'ai lu...

A

ABE Kôbô, La femme des sables
ABOUET Marguerite, Aya de Yopougon (BD)
ALGOUD Albert, L'intégrale des jurons du capitaine Haddock
ANGOT Christine, Pourquoi le Brésil ?
AUSTER Paul, L'invention de la solitude
AUSTER Paul, Léviathan

B

BACHMAN Richard, Marche ou crève
BADHWAR Inderjit, La chambre des parfums

 BAKER Robin, Primal
BANKS Russell, American darling
BARBERY Muriel, L'élégance du hérisson
BENAQUISTA Tonino, Quelqu'un d'autre
BEN SADOUN Florence, La fausse veuve
BESSON Philippe, L'arrière-saison
BESSON Philippe, L'enfant d'octobre
BLONDEL Jean-Philippe, Accès direct à la plage
BOYD William,Brazzaville Plage

BOYD William La vie aux aguets


C

CAPOTE Truman, De sang froid
CAPOTE Truman, La traversée del'été
CARRERE Emmanuel, L'adversaire
CARRERE Emmanuel, La classe de neige
CARRERE Emmanuel, La moustache
CARRERE Emmanuel, Un roman russe
CHI Li Soleil Levant
Claudel Philippe, Les âmes grises

D

DE ROSNAY Tatiana, Spirales
DONGALA Emmanuel B. Les petits garçons naissent aussi des étoiles
DUBOIS Jean-Paul, Une vie française
Dubois Jean-Paul, Hommes entre eux
Duong Thu Huong, Terre des oublis

E

EMECHETA Buchi, Citoyen de seconde zone
ERNAUX Annie
EVERETT Percival, Désert américain

F

FAYE Eric, Le syndicat des pauvres types
FARGUES Nicolas, J'étais derrière toi
FARGUES Nicolas, Rade Terminus

 FLYNN Gillian, Les apparences
FRAPPAT Hélène, Par effraction

G

 

GALLAY Claudie, Les déferlantes
GANDER Forrest, En ami
GARCIA MARQUEZ Gabriel, Cent ans de solitude
GAUDE Laurent, La mort du roi Tsongor
GAVALDA Anna, Ensemble, c'est tout

H

 

Haddon Mark, Le bizarre incident du chien pendant la nuit

HAMPATE BA Amadou, Amkoullel, l'enfant Peul

HETU  Julie, Baie Déception
HIGHSMITH Patricia
HIRAIDE Takashi, Le chat qui venait du ciel
HOLDER Eric, La baïne
HOSSEINI Khaled, Les cerfs-volants de Kaboul
HOUELLEBECQ Michel

I

IRVING John, Je te retrouverai
IRVING John, Un mariage poids moyen
ISHIGURO Kazuo, Auprès de moi toujours
ISHIGURO Kazuo, Lumière pâle sur les collines

J

JAUFFRET Régis

JONASSON Jonas, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
K

KASISCHKE Laura A moi pour toujours

KASISCHKE Laura, A Suspicious River

KASISCHKE Laura, La couronne verte
KASICHKE Laura, Un oiseau blanc dans le blizzard

KASISCHKE Laura, Rêves de garçons
KAWABATA Yasunari, Pays de neige
KENNEDY Douglas, Cul-de-sac

KENNEDY Douglas, The woman in the fifth
KENNEDY Douglas, Rien ne va  plus

KETTLER Pierre-François, L'arc de la lune
KHADRA Yasmina, L'attentat
KORBJITTI Chart, La chute de Fak
KOUROUMA Ahmadou, Le soleil des indépendances
KOUROUMA Ahmadou, Allah n'est pas obligé

L

LARCENET Manu, Le combat ordinaire (BD)
LARSSON Stieg, Milenium I : les hommes qui n'aimaient pas les femmes
LARSSON Stieg, Millenium II : la fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

LE CALLET Blandine, la ballade de Lila K
LEE Harper, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
LEIGH Julia, Ailleurs
LEWIS Roy, Pourquoi j'ai mangé mon père

M


MABANCKOU Alain, Black Bazar

MAC CARTHY Cormac, La route
MAC CORMACK Eric, L'épouse hollandaise

MANKELL Henning, Comedia infantil
MANKELL Henning, Le fils du vent
MANKELL Henning, Meurtriers sans visage
MANKELL Henning, Tea-Bag

MAZETTI Katarina, Le mec de la tombe d'à côté
MIANO Léonora, Contours du jours qui vient
MIANO Léonora, L'intérieur de la nuit

MILLAS Juan José, Le dédordre de ton nom
MIURA Kiyohiro, Je veux devenir moine zen

MOGGACH Deborah, Ces petites choses

MURAKAMI Haruki, 1Q84
MURAKAMI Haruki, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse
MURAKAMI Haruki, La course au mouton sauvage
MURAKAMI Haruki, La ballade de l'impossible
MURAKAMI Haruki, La fin des temps
MURAKAMI Haruki, Les amants du Spoutnik
MURAKAMI Haruki, Kafka sur le rivage

MURAKAMI Haruki, Sommeil

N

NGOZI ADICHIE Chimananda, L'hibiscus pourpre
NOTHOMB Amélie, Biographie de la faim

O

OATES Joyce Carol, Les chutes
OGAWA Yôkô, La formule préférée du professeur
OGAWA Yôkô, La petite pièce hexagonale
OGAWA Yôkô, L'annulaire
OGAWA Yôkô, Le musée du silence
O'FAOLAIN Nuala, On s'est déjà vu quelque part ?
O'FAOLAIN Nuala, Chimères
OVALDE Véronique, Et mon coeur transparent

P

PAASILINNA Arto, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen
PAASILINNA Arto, Le lièvre de Vatanen
PAASILINNA Arto, Petits suicides entre amis
PEJU Pierre, La diagonale du vide
PESSL Marisha, La physique des catastrophes
PETILLON, L'affaire du voile (BD)
PINGEOT Mazarine, Le cimetière des poupées

R

RENDELL Ruth,L'analphabète
RIVIERE François, Un long et meveilleux suicide
ROTH Philip, La tache
ROY Arundhati, Le dieu des petits riens
RUFFIN Jean-Christophe, Rouge Brésil
RUIZ ZAFON Carlos, L'ombre du vent
RUSSO Richard, Le déclin de l'empire Whiting
RYU Murakami,Les bébés de la consigne automatique

S

SATRAPI Marjane, Persepolis (BD)
SCHUITEN François, La tour (BD)
SEMPE-GOSCINY, Le petit Nicolas
SEN Selina, Après la mousson

SERRE Anne, Les débutants
SI JE Dai, Le complexe de Di

T

 

TANIGUCHI Jirô
TOURNIER Michel, Le roi des Aulnes

U

UDALL Brady, Le destin miraculeux d'Edgar Mint

UDALL Brady, Le polygame Solitaire

V

 

VANN David, Désolations
VANN David, Sukkwann Island
VARGAS Fred, Pars vite et reviens tard

Y

YOSHIMOTO Banana, Kitchen
YOSHIMURA Akira, La jeune fille suppliciée sur une étagère

 

Z


ZWEIG Stefan, Marie-Antoinette

Mes auteurs favoris