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La vie d'une autre

 

Frédérique Deghelt

27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 00:20
Paul Hasselbank est toulousain, il  est gravement malade. Sa femme, Anna, l'a quitté pour aller vivre au Canada. Il  part à sa recherche, en plein hiver, dans le grand nord canadien, il y rencontre  Floyd Paterson, un ancien amant d'Anna qui vit seul dans une maison au bord d'un lac. Paul se retrouve enfermé chez lui à cause d'une tempête de neige. Paul voit en Floyd "l'homme entier" celui qui a su offrir à sa femme ce que lui-même ne pouvait lui offrir. Au milieu des éléments qui se déchaînent, les deux hommes, intrigués et fascinés l'un part l'autre, s'observent...Confronté à cette nature hostile, Paul Hasselbank tente de panser ses plaies physiques et morales. Floyd, lui, est un grand chasseur à l'arc qui vit en contact étroit avec la nature, en harmonie avec les animaux qui l'entourent.
Jean-Paul Dubois s'interroge sur l'animal qui sommeille en chaque être humain, sur sa part de sauvagerie et de bestialité qui apparaît notamment à travers le spectacle d'ultimate fighting auquel assiste Paul.
C'est aussi un roman sur le mâle et sa virilité, son désarroi devant le "mystère féminin". Les deux protagonistes, chacun à sa façon, ont été confrontés à des femmes qui sont pour eux des énigmes.
J'aime beaucoup le regard que Jean-Paul Dubois porte sur les choses, les hommes, les animaux, la nature, le monde en général...
C'était déjà le cas avec Une vie française, mais j'ai trouvé qu'ici il abordait ces sujets avec encore plus de profondeur, à la recherche de ce qui fait l'essence de l'homme...
  
extraits : "Je reste étendu là, persuadé qu'un lien naturel nous rattache au monde des animaux. Souvent la présence des animaux nous tire vers ce mystère-là. Nous avons en commun avec eux les les brûlures  de la faim et de la peur, ainsi que la présence de sel dans notre sang...Je suis revenu au camp en pensant à la complexité des rapports qu'entretiennent les animaux avec le temps et l'espace : leurs migrations, leur patience, leurs réseaux et repaires. Ont-ils vraiment des désirs, du courage, de la perspicacité ? Peu d'êtres vivants nous défient à la manière des animaux sauvages. Ils nous bouleversent comme le font les grandes marées, nous hantent en posant sans cesse les questions de détermination, du sens de la responsabilité, de l'importance de la génétique et du passé en général."

[...] "C'était le spectacle le plus répugnant auquel il ait été jamais convié. ces combats sans règles ni limites étaient retransmis par des chaînes de télévision à péage qui réalisaient là leurs plus belles audiences. La recette était simple : à l'intérieur d'un ring ceint de hauts grillages, on enfermait deux hommes pêchés dans quelque torrent de misère avec pour instruction de s'entretuer comme des chiens de combat. Tous les coups, toutes les prises, toute la sauvagerie de la terre étaient ici requis. Pas de gants, pas de protections et surtout beaucoup de sang. Evidemment pas d'arbitre ni de victoire aux points. Le gagnant, celui qui emportait la prime, était le survivant, celui qui, à la fin, tenait encore debout. Entre ces combats qui rappelaient les origines des temps, une équipe denettoyage lessivait le ring pour laisser place nette aux nouveaux guerriers qui se jetaient l'un sur l'autre au milieu d'une foule délirante. Voilà ce qu'était l'Ultimate Fighting, une petite fin du monde filmée, une "bascule des civilisations"..."

Hommes entre eux
, Jean-Paul Dubois, Points, 183p.

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 14:20

  Parc du Mercantour
(Alpes Maritimes)





                                                                  











lac de Vens


  joubarbes




lys martagon








    linaigrettes    

deux scarabées s'aimaient d'amour tendre... 

                                  

mélampyre des bois

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Published by Clarinette - dans voyages et escapades
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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 21:56
J'ai eu l'occasion dernièrement de passer deux fois quelques jours dans le Médoc, c'est ce qui m'a donné envie de lire La Baïne. Un roman noir sur fond de terroir.
A Soulac, Sandrine, mariée,deux enfants, une vie rangée, sans histoire et vaguement ennuyeuse, fait la connaissance d'Arnaud, "l'Etranger", un photographe parisien venu en repérage pour un film. Sandrine va l'aider, l'aimer et s'épanouir à son contact, tandis que lui va reprendre goût à la vie alors qu'il ne croyait plus en rien. Mais les soulacais finissent par découvrir leur liaison et ne la voient pas d'un bon oeil...
Sous la plume d'Eric Holder, le Médoc prend un aspect lourd et menaçant.
L'auteur connaît parfaitement la région puisqu'il y vit. Ses habitants , quasi insulaires sont méfiants voire hostiles vis-à-vis de tout ce qui vient d'ailleurs. Attachés à leurs femmes, comme à leurs terres, les hommes pour la plupart chasseurs ou pêcheurs voient en Arnaud un prédateur venu voler leur bien.
Un roman très prenant où la tension monte imperceptiblement...
 
premières phrases : "Autrefois le Médoc ne ressemblait pas à une corne défiant l'Atlantique et protégeant l'oeil de Bordeaux. C'était au nord un chapelet de rochers émergés, une terre inégale au sud, sans cesse transformée par les marées et l'érosion. Il aura fallu le travail opiniâtre, séculaire, de l'homme pour scinder l'eau qui nous entoure entre océan et Gironde, assécher celle des marécages et donner à un banc de sable troué l'allure d'une péninsule.
"Médoc", la région au milieu du flot. De là vient qu'à Soulac, située près de la pointe, côté salé, on nous prête un tempérament d'îliens. Et certes, lorsque nous gagnons Le Verdon, la commune voisine, du côté saumâtre où s'engouffrent les cargos, nous ne pouvons nous défaire du sentiment que le continent se trouve sur la rive opposée, en Saintonge."

La baïne
, Eric Holder, Points, 188p.

plage de Soulac


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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 01:05
 
En lisant la quatrième de couverture et en découvrant le sujet de ce roman, j'avoue que j'ai eu un peu d'appréhension.
Florence Ben Sadoun était la maîtresse de Jean-Dominique Bauby. Pour mémoire, celui-ci a été victime du locked-in syndrome suite à un accident. C'est aussi l'auteur de Scaphandre et le papillon que je n'ai jamais eu le courage lire et dont un film a été tiré récemment. Complètement paralysé, il ne pouvait communiquer qu'en clignant un oeil. Dix ans après, elle relate les derniers moments passés avec lui, effectue des retours en arrière sur leur rencontre et leur liaison, évoque aussi sa propre enfance et sa famille. Cette lecture m'a laissé une impression mitigée. L'auteur s'adresse à Jean-Dominique Bauby, tantôt en le tutoyant tantôt en le vouvoyant, je n'ai pas compris pourquoi et ça m'a agacée. Elle règle ses comptes avec le milieu hospitalier, le personnel de l'hôpital de Berck (le "Vomi" !), qu'elle décrit comme des gens déshumanisés surtout intéressés par la célébrité du grand homme. Et puis surtout elle tente de reprendre sa place, celle de la dernière femme que Bauby a aimée et qui l'a aimé. Celle qui a été mise à l'écart puisqu'elle n'était pas la veuve "officielle".   
Florence Ben Sadoun a une belle écriture, mais un peu décousue et un peu trop stylisée à mon goût. J'ai trouvé qu'elle abusait des effets de phrases, des métaphores... J'ai eu le sentiment qu'elle vidait son sac et se déchargeait de son amertume. Je n'ai pas détesté lire ce livre. Mes passages préférés sont ceux où elle parle de son enfance. Mais je n'ai pas vraiment été touchée, je n'ai ressenti d'émotion qu'à de rares moments.

extrait : "A partir du moment où j'entre dans votre chambre, je suis accrochée à votre regard comme Bernard à son Ermite. Il est vif, beau, intelligent et unique. Ils ne vous ont laissé qu'un oeil pour faire valoir que vous êtes là et pour vous défendre. L'autre, ils l'ont cousu. Pour toujours. Sauvagement, sans anesthésie. Je n'ai pas compris tout de suite que c'était pour toujours, mais j'ai pleuré beaucoup ce jour-là. Vous ne m'avez plus jamais regardée avec vos deux yeux, plus jamais caressée même du regard.
Je t'appartiens à ce premier clin d'oeil et ne fais plus jamais le moindre geste sans vous quitter des yeux, en restant le plus possible dans le champ étroit de votre vision. Ce fil qui nous unit et qui te relie surtout à la vie est d'une puissance insoupçonnable. Vous m'accrochez avec votre oeil aussi violemment que vous pouviez me prendre dans un lit. Quand tu me disais fermement "Ne bougez plus !"

 
La fausse veuve, Florence Ben Sadoun, Denoël, 107p.

Cathulu, Lo et Frisette l'ont lu aussi


Merci à Violaine de Chez les filles  et aux Editions Denoël pour cette lecture.
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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 23:50


Elsa est en instance de divorce. Alors qu'elle vient récupérer son fils à l'anniversaire d'un copain, elle est attirée par une petite fille. Elsa est persuadée qu'il s'agit de sa fille disparue dans un incendie sept ans plus tôt.
Ce film, un bon thriller "à la française", repose à mon avis avant tout sur la qualité de jeu des deux actrices principales et en particulier celui de Catherine Frot que j'ai trouvée extraordinaire : tout en subtilité, elle est tour à tour inquiétante, obstinée, tourmentée... Et puis, j'ai été tenue en haleine par l'intrigue plutôt bien ficelée et touchée par ce portrait de mère déchirée par la perte de son enfant.


L'empreinte de l'ange, de Safy Nebbou, avec Catherine Frot, Sandrine Bonnaire...
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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 00:00
Mièn est une très belle jeune femme qui coule des jours heureux entre Hoan son riche mari et Hahn, leur fils. Cette tranquillité est troublée par le retour de Bôn, son premier époux qui avait été donné pour mort et revient après quatorze ans passées à la guerre, démoli physiquement et psychiquement. Ces longues années de douleur et de frustrations ont exarcébé son désir pour Mièn qu'il considère encore comme lui appartenant. Mais Miên aime profondément Hoan et n'a plus d'amour pour Bôn qui est pauvre et en mauvaise santé pourtant elle retourne vivre auprès de lui.
On est d'abord révolté par le choix que fait Mièn mais quand on se situe dans ce contexte du Vietnam d'après guerre, on comprend mieux. D'une histoire en apparence simple, Duong Thu Huong fait ressortir toute la complexité des moeurs vietnamienne. Mièn n'aime plus Bôn qu'elle a épousé à l'âge de dix-sept ans, et qui est parti le lendemain de leur noces, elle obéit cependant à la pression des habitants de son village. A l'époque tout soldat revenant de la guerre était traité comme un héros et avait droit à tout les égards. Dans cette société gouvernée par un régime communiste, les obligations envers la communauté sont très importantes. Mièn accomplit ce qu'elle pense être non seulement son devoir d'épouse mais aussi de citoyenne. 
A travers cette histoire, Duong Thu Huong nous parle du Vietnam, de ses blessures, du poids des traditions et des règles sociales qui pèsent sur les femmes mais aussi sur les hommes. Son écriture riche et poétique nous fait ressentir toute la beauté de ce pays, ses odeurs, ses saveurs, ses couleurs. Terre des oublis est un magnifique voyage à travers le Vietnam.

extrait : "La jalousie et la rancoeur, comme un instinct imprègnent en permanence l'esprit des paysans. La médiocrité et la bassesse recèlent une force supérieure à celle des gens d'honneur car elle ne connaissent ni loi ni règle, ne dédaignent aucun mensonge, aucune fourberie.  De tout temps, quiconque vit dans les villages et les communes doit obéir sans discuter à la volonté silencieuse des masses s'il ne veut pas être isolé, attaqué de tout les côtés. "Les décrets royaux cèdent le pas aux coutumes du village." Les femmes qui s'opposaient aux masses ont toujours dû quitter le village pour vivre d'expédients ou se prostituer dans les villes. Même après être parties, quand elles reviennent, elles subissent des pressions impitoyables que le temps n'adoucit jamais. La loi formellement inscrite dans les textes n'a aucune valeur, aucune force face à cette loi invisible, jamais promulguée.

[...]Car il était sûr que Mièn n'aimait que lui, lui seul, uniquement lui. Son retour vers le premier homme n'était qu'un suicide, le sacrifice d'une femme née dans une société soumise à d'incessantes guerres, où la vie tremblante des hommes palpitait comme des ailes éphémères, où toute leur énergie s'enracinait dans la fidélité et la résignation tenace de leur épouse."


Terre des oublis, Duong Thu Huong, Le Livre de Poche, 700p.

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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 09:41
Un Coréen à Paris

Un Coréen, Sung-nam débarque à Paris après avoir fui son pays où il est poursuivi par la police pour avoir fumé un joint. Il s'installe dans une petite pension de famille où vivent d'autres Coréens. Il fait la connaissance de Hyun-ju qui lui fait découvrir les charmes de la capitale française, entre autre le tableau de Courbet "L'origine du monde". Il revoit une de ses ex  toujours amoureuse de lui. Lui tombe éperdument amoureux de Yu-jeong une jeune étudiante aux Beaux-Arts. Pendant ce temps-là, sa femme l'attend en Corée...



Un film charmant et léger, un poil trop long (je me suis un peu ennuyée vers la fin). Le héros est rigolo avec son air pataud et ses gros bras au bout desquels se balancent presque toujours des sacs en plastique. Le côté insolite de ce film est qu'on se balade dans un Paris de fin d'été où l'on ne croise quasiment que des Coréens. Leur regard sur nos habitudes de Français est amusant...
Téléréma compare Hong Sangsoo à un cinéaste de la Nouvelle vague et à Rohmer.

Night and day
, de Hong Sangsoo avec Kim Young-Ho, Hwang Soo-Jeong, Park Eung-Hye...

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 22:58
  Dans une ville de province chinoise, un jeune couple se marie. Très vite Li Xiaolan découvre qu'elle est enceinte. Les deux époux, paniqués songent tout de suite à l'avortement puis changent d'avis. S'ensuivent toutes sortes de péripéties et de tracas liés à la grossesse, à la maternité et à la paternité. Chi Li fait l'inventaire de tous les problèmes que peuvent rencontrer de jeunes parents : les affres de la grossesse, de l'accouchement, la recherche d'une nounou, le choix d'un lait en poudre, les démarches pour obtenir une autorisation de naissance ou un certificat d'enfant unique, la famille qui vient mettre son grain de sel...Tout y passe. On découvre qu'il n'est pas facile d'avoir un enfant en Chine. Ecrit dans un style enlevé, à la fois comique et bon enfant, ce petit roman  raffraîchissant donne un bon aperçu de la vie quotidienne des chinois au début des années 90, à l'heure où la société de consommation commence à faire son apparition en Chine.

extrait : "Suffisait-il que Zhao Shengtian et Li Xiaolan veuillent un enfant pour qu'ils l'aient ? Non !
Suffit-il que vous reconnaissiez l'enfant qui vous arrive pour que la société le reconnaisse aussi ? Pas davantage !
Il reste encore beaucoup de démarches à entreprendre, faute de quoi votre enfant sera considéré comme un enfant fantôme."


Soleil levant
, Chi Li, Actes Sud, Babel, 153p.

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 10:01
Henning Mankell aborde ici un de ses sujets de prédilection : la difficulté de communication entre Blancs et Noirs, entre Européens et immigrés...Les premières pages - la description de l'arrivée de Tea-bag sur la côte espagnole après une traversée de la Méditerranée en barque - sont saisissantes. On passe ensuite directement en Suède où Jesper Humlin devient le personnage principal. Un poète, le Blanc, matérialiste, égocentrique et égoïste, dans toute sa splendeur,  plus intéressé par l'état de ses finances et de sa cote de popularité que par le sort de l'humanité et, qui plus est, lâche. Sa vie bien rangée et confortable va se trouver bouleversée par la rencontre avec trois jeunes émigrées d'origines différentes qui vont l'entraîner dans une tourmente dont il ne sortira pas indemne. D'abord par intérêt, il va tenter d'utiliser leurs histoires respectives parce qu'il pense trouver là matière à écrire un roman qui va lui permettre de renouer avec le succès qui lui fait défaut. Mais les filles se révèlent plus insaississables que prévu. Le roman est placé sous le signe de la difficulté à communiquer. Jesper Humlin est en conflit permanent avec tout son entourage : sa mère, sa fiancée, son éditeur, son médecin, il se heurte à toutes sortes de barrages et à du mal à décoder les messages que Tea-Bag et ses camarades tentent de lui transmettre...Dans ce livre  personne n'écoute personne, chacun parle à un mur. Henning Mankell joue sur le contraste entre les préoccupations futiles du poète et les horreurs vécues par les trois jeunes filles. Cela donne aussi un côté à la fois comique et désespérant à ce roman où l'on frôle parfois l'absurde et l'insolite. Vers la fin toutefois le personnage de Jesper gagne un peu en humanité.  Les passages les plus bouleversants sont les récits des jeunes filles. Henning Mankell a visiblement côtoyé des émigrés clandestins pour écrire son livre. Il s'interroge aussi sur la relation qu'il entretient avec eux : écrire sur eux, est-ce témoigner et les rendre visibles aux yeux du monde ou bien n'est-ce pas simplement leur voler leur histoire ?

extrait : "A compter de cet instant, j'ai couru. J'appliquais la plante de mes pieds contre la terre, fort, comme mon père me l'avait appris, mais je courais sans arrêt. J'avais tellement peur que je ne me suis même pas arrêtée au pied de la colline, là où la route passe devant ta tombe Alemwa. Je crois que personne ne comprends vraiment ce que cela signifie d'être en fuite. Être contraint à un moment donné de se lever, de tout quitter et de courir pour sa vie. Cette nuit-là, quand je suis partie, j'avais la sensation que toutes mes pensées, tous mes souvenirs pendouillaient derrière moi comme un cordon ombilical sanguinolent qui refusait de se rompre alors que j'étais déjà loin du village. Personne ne peut comprendre ces que c'est - à moins d'avoir été soi-même chassé, contraint de fuir des hommes ou des armes, ou des ombres qui menacent de tuer. La terreur nue, on ne peut pas la communiquer, on ne peut pas la décrire. Comment expliquer à quelqu'un l'effet que ça fait de courir droit devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort la douleur, l'avilissement ?
[...] Pendant tous ces jours et ces nuits où j'ai erré dans Lagos, à moitié morte de faim, j'ai rencontré d'autres gens comme moi,en fuite. A croire qu'on dégageait une odeur spéciale que seuls les autres fugitifs reconnaissaient - on était comme des animaux aveugles qui se repéraient mutuellement, au flair. Tous portaient un rêve, un projet. Les uns avaient décidé de se rendre en Afrique du Sud, les autres voulaient aller vers les villes portuaires du Kenya ou de Tanzanie et, de là tenter la traversée. D'autres encore avaient renoncé. Ils étaient arrivés jusqu'à Lagos et ne pensaient pouvoir aller plus loin. Tous redoutaient les militaires, les jeunes soldats rigolards. Beaucoup avaient en réserve des histoires atroces, quelques-uns s'étaient évadés de prison, le corps et l'âme saccagés."

 
Tea-bag, Henning Mankell, Editions du Seuil,  Collection Points, 343p.

l'avis de Kathel
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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 23:08


Ari, le cinéaste, a été soldat dans l'armée israélienne et a assisté au massacre de Sabra et Chattila. Il n'en a gardé aucun souvenir, juste des réminiscences sous forme d'un cauchemar où il est attaqué par des chiens et un rêve où il se baigne dans la mer avec ses camarades. Il se lance alors dans une enquête au cours de laquelle il essaie de retrouver ceux qui étaient à ses côtés à cette époque-là. Les interviews alternent avec les scènes de guerre.
Ari Folman a tourné son film en vidéo avant de le  mettre "en dessin". Il s'agit donc d'un documentaire autobiographique d'animation. Les images très soignées sont d'une beauté renversante. Ce qui n'enlève rien à la  force du message :
à savoir que les protagonistes étaient de très jeunes hommes à peine sortis de l'adolescence, qu'ils avaient la peur chevillée au corps, que cette guerre et le massacre qui l'a soldée les dépassaient complètement. Ari effectue une enquête historique mais aussi personnelle au cours de laquelle il reconstitue une partie de son passé qu'il avait complètement occultée.
Un film magnifique qui m'a fait une très forte impression et qui fera probablement partie de mon palmarès cette année.



Valse avec Bachir de Ari Folman
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J'ai lu...

A

ABE Kôbô, La femme des sables
ABOUET Marguerite, Aya de Yopougon (BD)
ALGOUD Albert, L'intégrale des jurons du capitaine Haddock
ANGOT Christine, Pourquoi le Brésil ?
AUSTER Paul, L'invention de la solitude
AUSTER Paul, Léviathan

B

BACHMAN Richard, Marche ou crève
BADHWAR Inderjit, La chambre des parfums

 BAKER Robin, Primal
BANKS Russell, American darling
BARBERY Muriel, L'élégance du hérisson
BENAQUISTA Tonino, Quelqu'un d'autre
BEN SADOUN Florence, La fausse veuve
BESSON Philippe, L'arrière-saison
BESSON Philippe, L'enfant d'octobre
BLONDEL Jean-Philippe, Accès direct à la plage
BOYD William,Brazzaville Plage

BOYD William La vie aux aguets


C

CAPOTE Truman, De sang froid
CAPOTE Truman, La traversée del'été
CARRERE Emmanuel, L'adversaire
CARRERE Emmanuel, La classe de neige
CARRERE Emmanuel, La moustache
CARRERE Emmanuel, Un roman russe
CHI Li Soleil Levant
Claudel Philippe, Les âmes grises

D

DE ROSNAY Tatiana, Spirales
DONGALA Emmanuel B. Les petits garçons naissent aussi des étoiles
DUBOIS Jean-Paul, Une vie française
Dubois Jean-Paul, Hommes entre eux
Duong Thu Huong, Terre des oublis

E

EMECHETA Buchi, Citoyen de seconde zone
ERNAUX Annie
EVERETT Percival, Désert américain

F

FAYE Eric, Le syndicat des pauvres types
FARGUES Nicolas, J'étais derrière toi
FARGUES Nicolas, Rade Terminus

 FLYNN Gillian, Les apparences
FRAPPAT Hélène, Par effraction

G

 

GALLAY Claudie, Les déferlantes
GANDER Forrest, En ami
GARCIA MARQUEZ Gabriel, Cent ans de solitude
GAUDE Laurent, La mort du roi Tsongor
GAVALDA Anna, Ensemble, c'est tout

H

 

Haddon Mark, Le bizarre incident du chien pendant la nuit

HAMPATE BA Amadou, Amkoullel, l'enfant Peul

HETU  Julie, Baie Déception
HIGHSMITH Patricia
HIRAIDE Takashi, Le chat qui venait du ciel
HOLDER Eric, La baïne
HOSSEINI Khaled, Les cerfs-volants de Kaboul
HOUELLEBECQ Michel

I

IRVING John, Je te retrouverai
IRVING John, Un mariage poids moyen
ISHIGURO Kazuo, Auprès de moi toujours
ISHIGURO Kazuo, Lumière pâle sur les collines

J

JAUFFRET Régis

JONASSON Jonas, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
K

KASISCHKE Laura A moi pour toujours

KASISCHKE Laura, A Suspicious River

KASISCHKE Laura, La couronne verte
KASICHKE Laura, Un oiseau blanc dans le blizzard

KASISCHKE Laura, Rêves de garçons
KAWABATA Yasunari, Pays de neige
KENNEDY Douglas, Cul-de-sac

KENNEDY Douglas, The woman in the fifth
KENNEDY Douglas, Rien ne va  plus

KETTLER Pierre-François, L'arc de la lune
KHADRA Yasmina, L'attentat
KORBJITTI Chart, La chute de Fak
KOUROUMA Ahmadou, Le soleil des indépendances
KOUROUMA Ahmadou, Allah n'est pas obligé

L

LARCENET Manu, Le combat ordinaire (BD)
LARSSON Stieg, Milenium I : les hommes qui n'aimaient pas les femmes
LARSSON Stieg, Millenium II : la fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

LE CALLET Blandine, la ballade de Lila K
LEE Harper, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
LEIGH Julia, Ailleurs
LEWIS Roy, Pourquoi j'ai mangé mon père

M


MABANCKOU Alain, Black Bazar

MAC CARTHY Cormac, La route
MAC CORMACK Eric, L'épouse hollandaise

MANKELL Henning, Comedia infantil
MANKELL Henning, Le fils du vent
MANKELL Henning, Meurtriers sans visage
MANKELL Henning, Tea-Bag

MAZETTI Katarina, Le mec de la tombe d'à côté
MIANO Léonora, Contours du jours qui vient
MIANO Léonora, L'intérieur de la nuit

MILLAS Juan José, Le dédordre de ton nom
MIURA Kiyohiro, Je veux devenir moine zen

MOGGACH Deborah, Ces petites choses

MURAKAMI Haruki, 1Q84
MURAKAMI Haruki, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse
MURAKAMI Haruki, La course au mouton sauvage
MURAKAMI Haruki, La ballade de l'impossible
MURAKAMI Haruki, La fin des temps
MURAKAMI Haruki, Les amants du Spoutnik
MURAKAMI Haruki, Kafka sur le rivage

MURAKAMI Haruki, Sommeil

N

NGOZI ADICHIE Chimananda, L'hibiscus pourpre
NOTHOMB Amélie, Biographie de la faim

O

OATES Joyce Carol, Les chutes
OGAWA Yôkô, La formule préférée du professeur
OGAWA Yôkô, La petite pièce hexagonale
OGAWA Yôkô, L'annulaire
OGAWA Yôkô, Le musée du silence
O'FAOLAIN Nuala, On s'est déjà vu quelque part ?
O'FAOLAIN Nuala, Chimères
OVALDE Véronique, Et mon coeur transparent

P

PAASILINNA Arto, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen
PAASILINNA Arto, Le lièvre de Vatanen
PAASILINNA Arto, Petits suicides entre amis
PEJU Pierre, La diagonale du vide
PESSL Marisha, La physique des catastrophes
PETILLON, L'affaire du voile (BD)
PINGEOT Mazarine, Le cimetière des poupées

R

RENDELL Ruth,L'analphabète
RIVIERE François, Un long et meveilleux suicide
ROTH Philip, La tache
ROY Arundhati, Le dieu des petits riens
RUFFIN Jean-Christophe, Rouge Brésil
RUIZ ZAFON Carlos, L'ombre du vent
RUSSO Richard, Le déclin de l'empire Whiting
RYU Murakami,Les bébés de la consigne automatique

S

SATRAPI Marjane, Persepolis (BD)
SCHUITEN François, La tour (BD)
SEMPE-GOSCINY, Le petit Nicolas
SEN Selina, Après la mousson

SERRE Anne, Les débutants
SI JE Dai, Le complexe de Di

T

 

TANIGUCHI Jirô
TOURNIER Michel, Le roi des Aulnes

U

UDALL Brady, Le destin miraculeux d'Edgar Mint

UDALL Brady, Le polygame Solitaire

V

 

VANN David, Désolations
VANN David, Sukkwann Island
VARGAS Fred, Pars vite et reviens tard

Y

YOSHIMOTO Banana, Kitchen
YOSHIMURA Akira, La jeune fille suppliciée sur une étagère

 

Z


ZWEIG Stefan, Marie-Antoinette

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