Samedi 12 décembre 2009
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16:27
Roy
Lewis a eu l'idée de ce roman alors que le paléo-primatologue Louis Leakey mimait devant lui les hommes des cavernes pour expliquer des
gravures rupestres.
Le narrateur est Ernest, fils d'Edouard, qui n'a qu'une obsession : faire évoluer ses congénères. Ceux-ci ne sont pas toujours d'accord. Tous sont sensés être les pionniers de l'humanité, ceux qui
ont découvert le feu, les armes, les outils, l'art, l'amour, la cuisine, etc...Ce qui donne un ton comique et décalé à ce livre, c'est qu'il est écrit dans un vocabulaire très contemporain. Alors
qu'il viennent à peine d'atteindre le statut d'être humain, les personnages se décrivent eux-même avec le recul des hommes de notre époque et débattent de leur situation comme le feraient des
sociologues.
Un livre à la fois drôle, instructif et pédagogique, sur le passage du singe à l'homme,
qui décrit les origines, les fondations de l'humanité, mais qui donne aussi à réfléchir sur l'humanité
d'aujourd'hui.
extrait : "L'amour ! Je maintiendrai toujours, si futile que fût en inventions et en développement culturels le moyen pléistocène, qu'une des
plus grandes découvertes de ce temps ce fut l'amour. Ca me pris, à l'époque, absolument au dépourvu. En un instant, je fus une créature aussi neuve, aussi fraîche, aussi souple, aussi joyeuse et
libre qu'un serpent qui vient de changer de peau. Une libellule aux ailes radieuses après sa longue nuit de chrysalide. Je m'excuse de ces métaphores passablement usées, mais les nouvelles
générations n'ont pas connu la merveille insouciante de cette première extase. La jeunesse d'aujourd'hui s'en est trop fait compter, elle sait à quoi s'attendre et elle attend monts et merveilles.
Mais moi, personne ne m'avait prévenu. J'étais un nouveau-né. Aussi, quelle métamorphose ! Quel privilège insigne, que d'être le tout premier à vivre une nouvelle expérience humaine ! Et quand,
cette expérience, c'est l'amour, imaginez-vous cela ? A présent, l'amour est devenu une sorte de routine, une marchandise de seconde main, même si les jeunes y trouvent encore une humble joie quand
il le découvrent au sommet d'une montagne, au coeur de la forêt ou sur le bord d'un lac, il a prid sa place nécessaire dans le processus évolutionnaire -mais, ah ! quand à peine il venait d'éclore
pour la première fois !
J'étais trop occupé sur le moment pour éprouver le désir, avoir la force d'analyser la chose. Mais, rétrospectivement, je reconnais que c'est père lorsqu'il nous imposa notre premier refoulement à
des fins qu'il croyait purement sociologiques, qui fut involontairement à l'origine de cette éclosion. En entravant nos inclinations les plus faciles, il nous offrit en prime, sans le savoir, ce
banquet de sensations inouïes, de fascinantes délices."
Pourquoi j'ai mangé mon père, Roy Lewis, Pocket, 183 pages.
lu aussi par : Wictoria, Papillon, Majanissa, Jules, Kalistina, et bien d'autres
encore...
Par Clarinette
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Publié dans : littérature anglaise
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Dimanche 30 août 2009
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13:03
Etsuko, une japonaise vivant en Angleterre reçoit la visite de sa fille cadette Niki quelques temps après le suicide son aînée Keiko issue de son
premier mariage. Elle se souvient alors d'un épisode qui l'a marquée peu de temps après la fin de la guerre quand elle vivait encore au Japon à Nagasaki qui se remettait doucement de l'explosion de
la bombe atomique : elle avait noué une amitié avec Sachiko, une femme étrange vivant seule dans une maison isolée avec sa fille Mariko. Elle-même était enceinte de Keiko.
Un roman tout en suggestions. Kazuo Ishiguro, auteur britannique d'origine japonaise procède par allusions, au lecteur alors de lire entre les lignes. Tous les protagonistes ont vécus des
traumatismes terribles et ont perdu au moins un de leurs proches d'une manière brutale et violente. Toutes les émotions sont pourtant exprimées avec retenue et quand les chagrins sont évoqués c'est
avec un détachement apparent qui peut être déconcertant, comme si le plus important était de sauver les apparences et de se montrer fort et positif. Il ne se passe pas grand-chose, pourtant on sent
une anomalie, on est happé par ce livre et on a envie de le lire jusqu'au bout.
Il m'a été difficile d'écrire un commentaire sur ce livre car la fin m'a laissée perplexe, je ne suis pas sûre de l'avoir réellement comprise. L'auteur a-t-il voulu laisser le lecteur libre de
l'interpréter à sa façon ? J'ai tout de même été très sensible au charme de l'écriture subtile et toute en finesse de Kazuo Ishiguro et de l'impression de mystère qui s'en dégage, rien que pour ça,
j'ai aimé ce livre.
extrait : "Peut-être mon souvenir de ces évènements est-il devenu flou avec le temps ; peut-être que les choses ne sont pas passées exactement
comme je me les remémore aujourd'hui. Mais je me rappelle avec une certaine netteté le sortilège troublant qui semblait nous lier toutes les deux, debout dans les ténèbres qui s'épaississaient,
contemplant cette forme qui gisait plus loin sur la berge. Enfin, l'envoûtement fut rompu, et nous nous mîmes à courir. Arrivée un peu plus près, je vis Mariko roulée en boule, les genoux repliés,
nous tournant le dos. Sachiko atteignit notre but un peu avant moi car ma grossesse me ralentissait ; elle se tenait près de l'enfant lorsque je la rejoignis. Les yeux de Mariko étaient ouverets et
je crus d'abord qu'elle était morte. Mais je les vis bouger et se lever vers nous ; ils nous fixaient avec un regard étrangement vide."
Lumière pâle sur les
collines, Kazuo Ishiguro, Folio, 297p.
lu aussi par : lilly, Naina94, Woland
Par Clarinette
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Publié dans : littérature anglaise
1
Dimanche 13 juillet 2008
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23:46
Il y a quelques semaines, j'ai ouvert ma boîte aux lettres que je n'avais pas ouvert depuis longtemps et j'y ai trouvé
un mail du Livre de Poche qui proposait de participer à un concours de critiques littéraires pour blogueurs. Le but était de d'écrire une critique sur un livre que je recevrais par la poste. En
ouvrant le livre j'ai ressenti un mélange d'excitaion et d'appréhension. Je n'avais aucune idée de ce que j'allais y trouver et je ne connaissais absolument pas Deborah Moggach. Je m'attendais à un
quelconque roman "à l'eau de rose" ou bien au "polar de l'été" et j'ai été agréablement surprise car j'y trouvé plus de profondeur que je ne m'y attendais.
Dans un service d'urgence, Ravi, médecin d'origine indienne est débordé. De retour chez lui il doit faire face à un beau-père envahissant, un vieillard libidineux, sans-gêne et grossier. Ne sachant
pas comment se débarrasser de cet encombrant personnage, une idée lui vient à l'esprit : avec l'aide de son cousin Sonny, un homme d'affaire qui vit en Inde, il va créer
à Bangalore dans la vieille pension de Dunroamin, une maison de retraite pour des personnes agées venant des quatre coins de l'Angleterre et esseulées . Pour eux, à des
milliers de kilomètres de leur pays d'origine, une nouvelle vie va commencer.
Un peu sceptique au début, j'ai été peu à peu prise par ma lecture. J'ai trouvé le style de Deborah Moggach plutôt agréable à lire avec sa petite touche "british". J'ai aimé la partie qui se situe
en Inde, même si c'est un peu idéalisé, il y a une note optimiste réconfortante. L'Inde
est présentée comme le pays de la seconde chance, de la dernière pour certains. Chaque
personnage, chacun à sa manière y trouvera son compte, chacun va y trouver un nouveau
moteur à sa vie, certains vont même y panser leurs blessures. C'est irréaliste bien sûr,
on a du mal à imaginer une personne âgée décider de tout quitter pour aller passer ses vieux jours dans un pays aussi éloigné et exotique que l'Inde. Comme par miracle nos retraités qui était
partis, abandonnés de tous et un peu déboussolés vont reprendre goût à la vie et retrouver un peu de leur jeunesse perdue au contact d'une culture qui leur est pourtant a priori complètement
étrangère, mais je me suis prise à rêver d'un monde où on pourrait prendre un nouveau départ à 70 ans. Les petits vieux m'ont parus touchants. La confrontation avec l'Inde et ses habitants est assez amusante. De plus Deborah Moggach aborde à la fois avec humour et justesse le vieillissement et ses conséquences, la solitude
des personnes agées dans nos sociétés occidentales, leur désarroi face à monde qui avance à toute vitesse, l'angoisse de la mort qui approche...
extrait : "Elle s'était rendu compte, au cours de ces dernières années, que tout au fond d'elle-même, elle n'avait jamais cru à ce qu'enseignait
le christianisme. Nul être s'appelant Dieu npouvait laisser arriver ce qui était arrivé. Les Indiens, sur lesquels des drames s'abattaient dans une incroyable mesure montraient un grand bon sens en
ne tenant personne pour responsable. Ce devait être un grand réconfort de se dire que leur vies si désespérantes, si pitoyablement courtes, n'étaient que des étapes dans un voyage au sein du
royaume animal. Pas étonnant qu'il paraissent aussi résignés -si paisibles, même. Peut-être le mendiant cul-de-jatte, auquel elle avait timidement donné une roupie la veille, pensait-il que la
prochaine fois, il reviendrait sous la forme d'un corbeau, sautant de branche en branche sur ses vigoureuses petites pattes."
Deborah Moggach est également
scénariste du film Orgueil et préjugés de Jeffrey Wright.
Ces petites choses, Deborah Moggach, Edition Le Fallois, Collection Le Livre de Poche, 407p.
Par Clarinette
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Dimanche 18 mars 2007
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19:40
Kathy, la narratrice, évoque ses souvenirs du pensionnat de Hailsham où elle a passé son enfance avec Ruth et Tommy. Complètement coupés du reste du monde, ils ont étés élevés par des "gardiens", dans un cadre idyllique. Par petites touches, on apprend qui ils étaient et ce à quoi ils étaient destinés. La vérité sur Hailsham et sur ses élèves donne la chair de poule, pourtant, l'atmosphère est paisible, le ton est très posé presque serein. Kathy n'a pas de rancoeur, elle cherche juste à raconter le plus fidèlement possible, à expliquer et à comprendre. C'est ce contraste qui est effrayant. Kathy, Ruth et Tommy se questionnent parfois, mais sans dépasser une certaine limite et à aucun moment ils ne se révoltent, ni ne cherchent à fuir. On se demande comment une telle résignation est possible. C'est comme s'ils avaient été conditionnés de manière très subtile pour accepter leur sort.
C'est une sorte de roman d'anticipation qui se passe à notre époque sans les ingrédients habituels, pas de robot, ni d'extra-terrestre, ni de régime totalitaire, ni de violence... Je préfère ne pas trop en dire sur l'intrigue. Pour ma part, j'ai d'autant plus apprécié ce livre que je n'en savais rien au départ (je m'attendais à une simple histoire d'amour !).
Un livre dérangeant mais passionnant et fascinant qui m'a captivée de la première à la dernière ligne.
premières phrases : "Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu'à la fin de l'année. Cela fera. Cela fera alors presque douze ans. Si j'ai exercé aussi longtemps, ce pas forcément parce qu'ils trouvent mon travail formidable. Je connais des accompagnants très compétents qui ont été priés d'arrêter au bout de deux ou trois ans à peine. Et je connais le cas d'un accompagnant au moins qui a poursuivi son activité pendant quatorze ans alors qu'il ne valait rien. je ne cherche donc pas à me vanter. pourtant je sais de source sûre qu'ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l'ensemble, je le suis aussi."
Auprès de moi toujours, Kazuo ishiguro, Editions des deux terres, 441p.
Les avis de Clochette et de Lilly
Par Clarinette
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7
Dimanche 14 janvier 2007
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12:31
Sur les sept, je n'en ai lu qu'un : L'analphabète. Parce que dans Un long et merveilleux suicide, François Rivière le cite comme l'une des références de Patricia Highsmith. C'est d'ailleurs lui qui signe la préface de cette anthologie. Ce roman est aussi celui dont Claude Chabrol a tiré La cérémonie avec Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert.
Eunice est analphabète et fait tout pour le cacher. Après la mort de ses parents, elle se fait enbaucher comme domestique chez les Coverdale. Jacqueline, l'épouse est séduite par la qualité du travail d'Eunice, mais cette famille bourgeoise de bon teint va aussi être très vite troublée par sa bizarrerie. Eunice se lie avec Joan Smith qui va l'entraîner à commettre l'irréparable.
Ici, pas de suspense. Dès les premières lignes, on sait qu'il y eu meurtre et qui l'a commis. Ce qui intéresse Ruth Rendell, c'est ce qui, dans le passé d'Eunice l'a amenée à ce geste.
Dans son film, Chabrol s'est surtout intéressé à la relation entre les deux femmes et à montrer comment la somme de leurs frustrations les conduit toutes les deux à massacrer une famille bourgeoise respectable et respectée. L'analyse de Chabrol est plutôt sociale, alors que celle de Ruth Rendell est plutôt psychologique, elle insiste sur la bizarrerie et asociabilité d'Eunice, le fossé qui la sépare des Coverdale et sur la folie de Joan. Dans le roman de Ruth Rendell, on en apprend plus sur le passé d'Eunice et sur les membres de la famille Coverdale. De plus, on a accès aux pensées d'Eunice à ses sentiments, ou plutôt, à son absence de sentiment. Ruth Rendell se pose également des questions : pourquoi Eunice n'a-t-elle jamais appris à lire et à écrire ? Pourquoi ses parents qui eux-mêmes étaient lettrés ne l'ont-ils pas fait ?
Le geste d'Eunice est incompréhensible, mais la principale énigme, c'est Eunice elle-même. C'est le personnage central de ce roman, mais on n'arrive à aucun moment à s'attacher à elle. C'est d'ailleurs ce qui est dérangeant dans cette histoire. Il y a un mur inffranchissable entre Eunice et les autres. Une incompréhension mutuelle impossible à surmonter.
Ruth Rendell met l'accent sur l'analphabétisme d'Eunice. Elle montre à quel point le faire de ne savoir ni lire ni écrire, peut être handicapant. Un rempart qui l'isole du monde extérieur. Pour résumer, elle fait une démonstration : comment l'analphabétisme conduit au meurtre. J'ai trouvé la démonstration parfois un peu trop appuyée, mais L'analphabète reste une histoire à la fois glaçante et fascinante.
premières phrases : "C'est parce qu'elle ne savait ni lire qu'Eunice Parchman tua les Coverdale.
Sans véritable mobile et sans préméditation : ce n'était ni pour l'argent ni pour se défendre. Le résultat de ce crime fut de révéler son handicap non seulement à une famille ou à une poignée de villageois, mais au pays tout entier. Un crime inutile, un désastre pour elle. Depuis le début, quelque part au fond de son étrange esprit, elle savaitqu'elle ne réussirait jamais rien. Pourtant, bien que sa compagne et complice fût folle, Eunice, elle ne l'était pas. Elle avait le redoutable pragmatisme du singe de nos origines déguisé en femme du XXème siècle."
L'analphabète, Ruth Rendell.
Par Clarinette
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Dimanche 15 octobre 2006
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14:14
Ce livre raconte les aventures professionnelles et sentimentales de Hope Clearwater. Trois épisodes de sa vie y sont abordées : Son mariage avec John, un mathématicien allumé, son expérience de primatologue à Grosso Arvore, sa vie à Brazzaville Plage. La narration est habilement construite sur des allers et retours entre les différentes périodes tantôt à la première, tantôt à la troisième personne. On apprend à la fin pourquoi Hope a quité l'Angleterre pour se retrouver au fin fond du Congo, et pourquoi elle a quitté Grosso Arvore pour se retrouver à Brazzaville Plage. Et la boucle est bouclée.
Mon petit reproche : j'ai trouvé que la culture africaine y était pour ainsi dire pas abordée, et les personnages africains y sont, pour la plupart, en arrière-plan, ce sont des subalternes qui parlent tous "petit nègre". Les passages sur les maths m'ont paru un peu obscurs, j'ai regretté de ne pas avoir plus travaillé cette matière à l'école ! En revanche, j'ai particulièrement aimé les observations de Hope sur les chimpanzés, qui semblent si proches de nous, les humains...Le style de Boyd est vraiment parfait, avec une petite touche d'humour et de dérision bien "british". Il y a de belles descriptions des paysages et des villages africains, avec en filigrane, une réflexion sur l'absudité d'une guerre civile dont on ne comprend pas grand'chose.
premières phrases : J'habite Brazzaville Plage. Brazzaville Plage, au bord de l'Afrique. C'est là que j'ai échoué, que je me suis posée, si vous voulez, comme un bois d'épave, fiché pour un bout de temps dans le sable chaud, juste au dessus de la ligne des hautes marées."
Brazzaville Plage, William Boyd, Editions Seuil, Collection Points.
Par Clarinette
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