Vendredi 7 août 2009
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Plus j'avance dans ma découverte de Yoko Ogawa et plus j'aime cette auteure. Dans ce roman plein de sensibilité et de
délicatesse elle y décrit la beauté des nombres, la poésie des mathématiques à travers les liens tissés entre une aide-ménagère, son fils et un ancien professeur de mathématiques devenu
amnésique suite à un accident. Celui-ci leur fait découvrir ce qui se cache derrière les nombres premiers, les nombres parfaits, la formule d'Euler...Moi qui ne suis pas matheuse pour un sou, elle
m'a fait presque regretter de ne pas avoir plus travaillé cette matière à l'école, en tout cas de ne pas avoir eu de professeur aussi passionné et passionnant ! Sous sa plume, les formules de
mathématique apparaissent comme des formules magiques, de la dentelle finement ciselée, les chiffres et les nombres comme oeuvres délicates chargées de messages pleins de sens. Plus on avance dans
le roman, plus on attend avec impatience une nouvelle leçon du professeur. C'est surprenant qu'avec un sujet aussi austère Yoko Ogawa ait réussi à faire un livre aussi passionnant ! La
relation entre le mathématicien amnésique (sa mémoire ne va pas au delà de 80 minutes), son aide-ménagère et le fils de celle-ci est très émouvante. Malgré sa mémoire déficiente, le professeur
parvient à transmettre à l'enfant son savoir exceptionnel et sa passion. La relève est alors assurée...
Un roman magnifique que je classe parmi mes préférés de Yoko Ogawa.
extrait : "-On peut exprimer les nombres parfaits comme la somme d'une suite de nombres naturels.
6=1+2+3
28=1+2+3+4+5+6+7
496=1+2+3+4+5+6+7+8+9+10+11+12+13+14+15+16+17+18+19+20+21+22+23+24+25+26+27+28+29+30+31
Il tendait son bras au maximum pour écrire la longue addition. La ligne s'étirait, simple et conforme aux règles. Il n'y avait aucun gaspillage, elle débordait d'un tension aiguisée et pure
qui engourdissait. Les formules obscures de la conjecture d'Artin et l'addition qui suivait les diviseurs de 28, le tout fondu ensemble nous encerclait. Chaque chiffre formait un des points qui,
reliés l'un à l'autre, constituaient la délicate dentelle qui nous entourait. Je n'osais pas bouger, de peur qu'un mouvement d'inattention de mes pieds n'effaçât un seul de ces chiffres.
On aurait dit alors, que le secret de l'univers se révélait à nos yeux. Le carnet de Dieu était ouvert à nos pieds."
La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa, Babel, 245p.
Par Clarinette
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Mercredi 17 juin 2009
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Murakami revisite le complexe d'Oedipe,
nous emmène comme d'habitude dans un monde parallèle et nous raconte le parcours initiatique d'un
jeune garçon de 15 ans confronté à la prophétie que son père lui a annoncé. Sa fugue l'amène dans une bibliothèque étrange et mystérieuse où il rencontre la très belle et énigmatique Mademoiselle
Saeki et Oshima qui n'est ni tout à fait homme, ni tout à fait femme. Leur destin est lié à celui de Katana, un homme simplet et illétré mais qui sait parler aux chats et à Hoshino son compagnon de
route...
J'ai trouvé dans ce roman, en plus du message philosophique, un côté ludique et malicieux, Murakami semble s'amuser à balader son lecteur dans cette
univers "enchanté" peuplé de personnages parfois bizarres, parfois farfelus, qui rappelle parfois celui des contes de fées. On trouve dans son écriture un mélange de gravité, d'humour et de poésie.
J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir un de mes auteurs favoris. Kafka sur le rivage est à mon avis un de ses meilleurs crus. Peut-être
quelques longueurs, une intrigue parfois un peu tordue et compliquée qui entraîne une légère lassitude, surtout vers la fin. Mais la première moitié m'a vraiment passionnée.
Extrait : "Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la
tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une
danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? parce que la tempête n'est pas un phénomène venu d'ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d'autre. elle
vient de l'intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la
traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moments, même, le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable
blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer."
Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, 10/18, 638p.
Par Clarinette
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Mercredi 27 août 2008
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Mièn est une très belle jeune femme qui coule des jours heureux entre Hoan son riche mari et Hahn, leur fils.
Cette tranquillité est troublée par le retour de Bôn, son premier époux qui avait été donné pour mort et revient après quatorze ans passées à la guerre, démoli physiquement et psychiquement. Ces longues années de douleur et de frustrations ont exarcébé son désir
pour Mièn qu'il considère encore comme lui appartenant. Mais Miên aime
profondément Hoan et n'a plus d'amour pour Bôn qui est pauvre et en mauvaise santé pourtant elle retourne vivre auprès de lui.
On est d'abord révolté par le choix que fait Mièn mais quand on se situe dans ce contexte du Vietnam d'après
guerre, on comprend mieux. D'une histoire en apparence simple, Duong Thu Huong fait ressortir toute la complexité des moeurs vietnamienne. Mièn n'aime plus Bôn qu'elle a épousé à l'âge de dix-sept
ans, et qui est parti le lendemain de leur noces, elle obéit cependant à la pression des habitants de son village. A l'époque tout soldat revenant de la guerre était traité comme un héros et avait
droit à tout les égards. Dans cette société gouvernée par un régime
communiste, les obligations envers la communauté sont très importantes. Mièn
accomplit ce qu'elle pense être non seulement son devoir d'épouse mais aussi de citoyenne.
A travers cette histoire, Duong Thu Huong nous parle du Vietnam, de ses blessures, du poids des traditions et des règles sociales qui pèsent sur les femmes mais aussi sur les hommes. Son écriture
riche et poétique nous fait ressentir toute la beauté de ce pays, ses odeurs, ses saveurs, ses couleurs. Terre des oublis est un magnifique
voyage à travers le Vietnam.
extrait : "La jalousie et la rancoeur, comme un instinct imprègnent en permanence l'esprit des paysans. La médiocrité et la bassesse recèlent une force supérieure à celle des gens d'honneur car
elle ne connaissent ni loi ni règle, ne dédaignent aucun mensonge, aucune fourberie. De tout temps, quiconque vit dans les villages et les communes doit obéir sans discuter à la volonté
silencieuse des masses s'il ne veut pas être isolé, attaqué de tout les côtés. "Les décrets royaux cèdent le pas aux coutumes du village." Les femmes qui s'opposaient aux masses ont toujours dû
quitter le village pour vivre d'expédients ou se prostituer dans les villes. Même après être parties, quand elles reviennent, elles subissent des pressions impitoyables que le temps n'adoucit
jamais. La loi formellement inscrite dans les textes n'a aucune valeur, aucune force face à cette loi invisible, jamais promulguée.
[...]Car il était sûr que Mièn n'aimait que lui, lui seul, uniquement lui. Son retour vers le premier homme n'était qu'un suicide, le sacrifice d'une femme née dans une société soumise à
d'incessantes guerres, où la vie tremblante des hommes palpitait comme des ailes éphémères, où toute leur énergie s'enracinait dans la fidélité et la résignation tenace de leur
épouse."
Terre des oublis, Duong Thu Huong, Le Livre de Poche,
700p.
Par Clarinette
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Dimanche 27 juillet 2008
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Dans une ville de province chinoise, un jeune couple se marie. Très vite Li Xiaolan
découvre qu'elle est enceinte. Les deux époux, paniqués songent tout de suite à l'avortement puis changent d'avis. S'ensuivent toutes sortes de péripéties et de tracas liés à la grossesse, à la
maternité et à la paternité. Chi Li fait l'inventaire de tous les problèmes que peuvent rencontrer
de jeunes parents : les affres de la grossesse, de l'accouchement, la recherche d'une nounou, le choix d'un lait en
poudre, les démarches pour obtenir une autorisation de naissance ou un certificat d'enfant unique, la famille qui vient mettre son grain de sel...Tout y passe. On découvre qu'il n'est pas facile
d'avoir un enfant en Chine. Ecrit dans un style enlevé, à la fois comique et bon enfant,
ce petit roman raffraîchissant donne un bon aperçu de la vie quotidienne des chinois au début des années
90, à l'heure où la société de consommation commence à faire son apparition en Chine.
extrait : "Suffisait-il que Zhao Shengtian et Li Xiaolan veuillent un enfant pour qu'ils l'aient ? Non !
Suffit-il que vous reconnaissiez l'enfant qui vous arrive pour que la société le reconnaisse aussi ? Pas davantage !
Il reste encore beaucoup de démarches à entreprendre, faute de quoi votre enfant sera considéré comme un enfant fantôme."
Soleil levant, Chi Li, Actes Sud, Babel, 153p.
Par Clarinette
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Mercredi 25 juin 2008
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23:22
Un couple sans enfant a emménagé dans une maison située dans un quartier
résidentiel. Il reçoit la visite quotidienne du chat des voisins, Chibi, qui prend très vite ses habitudes chez eux. L'auteur et sa femme, s'attachent progressivement au petit animal et
finissent par le voir presque comme leur enfant, un cadeau du ciel.
On voit que le romancier connaît bien les chats et a bien observé leur comportement, à savoir, entre autre, qu'un chat qui est libre d'aller et venir à sa guise choisit ses maîtres et qu'il a
souvent plusieurs domiciles. Il décrit également parfaitement la gestuelle du chat, ses jeux, son comportement, son caractère...car il a compris que chaque chat a sa personnalité propre.
Les anedoctes sur le chat alternent avec des descriptions dela maison, du jardin et du quartier, et des réflexions sur les changements de la société japonaise et sur Machiavel auquel Hiraide
se réfère souvent. Il faut prendre le temps de s'imprégner de l'atmosphère zen qui se dégage de ce roman contemplatif et fermer les yeux de temps en temps pour imaginer la maison et son jardin "à
la japonaise". On est loin de la modernité, des gratte-ciels et de la vie trépidante de Tokyo mais dans un quartier ancien et paisible.
Ce livre est une petite merveille pour les amoureux des chats dont je fais partie. Les descriptions de l'auteur sont si précises qu'ont croirait voir vraiment évoluer le chat dans son territoire.
Une ode à la nature, dans un
petit monde préservé mais précaire où l'homme et l'animal vivent en harmonie et arrivent à se comprendre. Un livre plein de sagesse, empreint à la fois d'une sérénité et d'une
tristesse, car on comprend très vite que ce bonheur apporté par la présence du chat est menacé.
extrait : "Ce Chibi était une merveille : la robe blanche parsemée de taches rondes d'un gris noir légèrement
nuancé de marron clair comme il est fréquent d'en voir au Japon, il était mince et élancé, et réllement tout petit.
Ce qui le différenciait des autres chats, c'était précisément son extrème minceur, si petit et si frêle qu'on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l'extrème. En dehors de
cette particularité, on se rendait compte immédiatement qu'il n'était pas du genre à se frotter aux jambes d'un humain. [...]
L'attention qu'il portait aux choses se déplaçait avec une rapidité étonnante, caractéristique qu'il n'a pas perdue, même en grandissant. Etait-ce le fait de jouer seul la plupart du temps dans
l'immense jardin qui lui avait appris à réagir avec vivacité aux insectes et aux lézard. J'avais presque fini par croire qu'il était sensible aux métamorphoses invisibles du vent ou la lumière. Car
s'il est courant d'observer ce trait chez les chatons, les réactions de Chibi étaient d'une acuité sans pareille."
Le chat qui venait du ciel , Takashi Hiraide, Editions Philippe Picquier,
131p.
Par Clarinette
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Mercredi 7 mai 2008
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10:24
Un petit livre tout simple au style épuré. Un roman semble-t-il largement autobiographique où l'auteur retrace le parcours de son
fils qui s'est découvert très jeune une vocation de moine zen.
On peut, par moments, avoir du mal à comprendre les motivations de l'enfant et les réactions de ses parents et être dérouté par le peu de passion et d'émotion qu'ils expriment. Miura
relate avec détachement et même bonne
humeur un évènement qui pourrait paraître douloureux pour
des occidentaux . Mais ce livre permet, justement, une approche simplifiée de la religion zen (dérivée du bouddhisme) et de mieux comprendre la culture japonaise qui en est profondément imprégnée.
Rien que pour ça ce livre vaut le coup d'être lu.
extrait : "-Ce que je n'ai pas réussi à mener à bien hier, j'ai pu le faire aujourd'hui. Et c'est peut-être ça la joie...
[...]L'homme est capable en toute circonstance de découvrir la joie. La vie est une accumulation de petites joies. Plutôt que de la joie, il conviendrait peut-être mieux de parler de
reconnaissance. Par comparaison, aimer l'autre sexe ou gagner à la loterie sont des joies infiniment pplus aléatoires. Plus la joie est forte, plus elle est de courte durée et il est impossible de
miser dessus."
Je veux devenir moine zen , Kiyohiro MIURA, Editions Picquier Poche,138p.
Par Clarinette
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Dimanche 18 novembre 2007
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00:27
Je n'ai pas réussi à venir à bout de La chute de Fak. Je n'ai pas réussi à compatir aux
déboires du pauvre Fak. Homme de peine dans un monastère dans une province de Thaïlande, il subit toutes sorte d'humiliations et sombre peu à peu dans la déchéance. J'espérais retrouver dans ce
livre l'impression de douceur et de sérénité que j'ai ressenti en visitant des temples et des monastères bouddhiques mais c'est tout le contraire. Le monastère où vit Fak est le royaume de
l'injustice, de l'intolérance et de l'hypocrisie. Ce roman a au moins le mérite de casser les clichés que l'on pourrait avoir sur l'Asie et sur le boudhisme. Un autre intérêt de ce roman est les
descriptions que fait l'auteur du mode de vie et des rites des moines. Mais cela n'a pas suffit à accrocher mon attention, j'ai lu avec peine la première moitié puis j'ai survolé la
deuxième moitié jusqu'au dénouement.
La chute de Fak donne une vision sombre et pessimiste de la société Thaï et de l'univers monacal bouddhique. Un livre qui correspond sûrement à une réalité mais je suis
revenue d'Asie la tête pleine d'images idylliques et sûrement idéalisées des monastères et des temples que j'ai visités là-bas, j'avais envie de rester sur cette image. Les malheurs de Fak
m'ont paru déprimant, le style ennuyeux -à moins que ça ne vienne de la traduction ?.
premières phrases : "Ceci est l'histoire d'un jeune home qui a pris Pour femme une veuve qui n'avait pas toute sa raison. (L'histoire se serait sans doute terminée là si la veuve n'avait
été la femme de son père.) Et par le plus grand des hasards cette histoire est arrivée au sein d'une petite commuanauté rurale, si bien qu'elle est devenue un scandale énorme qui a ébranlé les
convictons morales de presque tut le monde dans le village, chascun y allant de ses commentaires est jugements en fonction del'opinion qu'il s'était faite des cette relation contre nature."
La chute de Fak , Chart Korbjitti, Editions du Seuil, 303p.
Par Clarinette
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2
Mardi 16 octobre 2007
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L'univers de Yôkô Ogawa est décidément bien étrange. Comme dans Le musée du silence il est question dans L'annulaire de collecter toute sorte
d'objets très divers, dans un laboratoire cette fois, pour en faire des "spécimens". Il faut croire qu'il s'agit d'une obsession chez cette auteure. L'ambiance est froide teintée d'un érotisme
glacé. Il a un rapport un peu sado-maso entre la jeune secrétaire et son employeur et pas de vrais sentiments ni d'émotions...L'écriture d'Ogawa est très limpide c'est qui fait que ce livre reste
"lisible" malgré un sujet plutôt austère.
Bref, comme dans beaucoup de romans japonais, il y a quelque chose qui a échappé à mon regard de lectrice occidentale, mais c'est sans doute aussi cela qui me séduit : le côté mystérieux et
exotique de la littérature japonaise...
premières phrases : "Cela fera bientôt un an que je travaille dans ce laboratoire de spécimens. Comme ce n'est pas du
tout le même genre de travail que celui que je faisais avant, au début j'étais désorientée, mais maintenant, j'y suis complètement habituée. Je maîtrise parfaitement l'endroit où sont rangés les
papiers importants, je sais taper à la machine, et, en ce qui concerne les demandes de renseignements par téléphone, je suis capable d'expliquer poliment et avec gentillesse le rôle du laboratoire.
De fait, la plupart des gens qui téléphonent sont satisfaits de mes explications, et sans doute aussi rassurés puisque le lendemain il viennent frapper à la porte du laboratoire, leur précieuse
marchandise serrée sur le coeur."
L'annulaire , Yôkô Ogawa, Editions Babel
Par Clarinette
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5
Jeudi 30 août 2007
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00:33
Un homme arrive dans un curieux petit village à moitié enfoui dans le sable au milieu des dunes. Il est entomologiste et recherche un insecte rare.
Comme il a manqué le dernier car, il est hébergé par une femme qui vit dans une maison au fond d'un trou dont on ne peut sortir que par une échelle de corde. Les villageois ont retiré l'échelle,
l'homme se retrouve piégé.
Son emprisonnement inspire à l'homme toute une réflexion sur le sens de son existence et sur la vie en général. Dans de longs monologues intérieurs, il tente de rationnaliser et
d'intellectualiser sa situation, puis il cherche à se rebeller et à s'évader, mais au contact de cette femme très fruste, ce citadin intellectuel va évoluer vers une vie très simple et basée sur
des gestes répétitifs : chaque jour ils remplisssent des tonneaux de sable à l'aide d'une pelle.
Un livre assez déprimant et pas toujours évident à lire qui donne une vision plutôt pessimiste de la condition humaine. Il y a toutefois une petite lueur d'espoir à la fin. Un sujet plutôt
aride, austère mais qui a quelque chose de fascinant.
extrait : "Maison déjà à demi-morte, se dit-il ; maison saisie par les tentacules du sable qui sans fin continue de couler ; maison aux viscères à demi-déchirés par la morsure du
sable... Du sable, de ce rien qui n'a, pour l'ordinaire, qu'un huitième de millimètre, et qui , hors son grain élémentaire, ne possède même pas de forme propre... De ce rien qui s'appelle sable, de
ce sans-corps et dont pourtant le pouvoir destructeur est tel que rien n'est capable de lui faire front, rien au monde... A moins que... quisait ?... de ne pas avoir de forme ne soit précisément
ici le privilège, l'expression la plus haute de la Force en soi !..."
La femme des sables, Kôbô Abe, Editions Stock, 360p.
A voir aussi :
La femme des
sables, réalisé par Hiroshi Teshigahara avec Kyoko Kishida, Eiji Okada...
Par Clarinette
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2
Lundi 6 août 2007
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11:28
Oui, je sais, j'ai eu une grosse baisse de régime ces derniers temps. Je me suis consacrée à d'autres lectures (journaux, magazines...) et à d'autres
activités... Il m'a fallu un bon bout de temps pour venir à bout de ce gros pavé. Et je l'ai lu d'une manière un peu décousue. Pourtant je l'ai lu avec plaisir et je l'ai aimé.
C'est à mon avis en quelque sorte un condensé de toute l'oeuvre de Murakami. On y retrouve tout ses thèmes favoris : un héros trentenaire assez solitaire, une femme qui disparaît, d'autres
femmes énigmatiques, une adolescente fantasque, un monde parallèle onirique (qu'il retrouve en descendant dans un puits) où le héros doit évoluer pour retrouver sa femme et par la même occasion se
retrouver lui-même.
C'est roman très riche, plein de rebondissements, de couloirs sombres et de culs-de sac. Il y a aussi des chapitres très intéressants sur un épisode peu connu de l'histoire japonaise : la guerre de
Mandchourie. Murakami semble s'amuser à nous balader d'un monde à un autre, du présent au passé et du
passé au présent. Mais sous cette apparente légèreté, il y a aussi une quête de son moi profond symbolisée ici par le puits.
Par moments le roman s'éparpille. J'ai sans doute aussi un peu manqué de concentration. Mais dans l'ensemble j'ai trouvé que
c'était un excellent Murakami.
extrait : "...je ne parvenais pas à me concentrer. de nombreuses pensées traversaient mon esprit, faisaient obstacle à ma concentration. Je me mis à penser à la piscine pour
essayer de les chasser. La piscine de vingt-cinq mètres où j'allais nager d'habitude. Je m'imaginais en train de faire des longueurs crawlées. je me concentrai sur mes gestes, sans essayer d'aller
vite, attentif à ne pas faire de bruit ni d'éclaboussures. Je sortais lentement les coudes de l'eau, replongeais ma main doucement à partir du bout des doigts. Comme si je respirais l'eau, j'en
emplissais ma bouche, puis la recrachais lentement. Au bout d'un moment, je sentais mon corps filer naturellement, comme porté par un vent léger. le seul son dans mes tympans était celui de ma
respiration régulière. je flottais dans les airs comme un oiseau au gré du vent, je regardais paisiblement le paysage en contrebas. Je voyais des villes lointaines, des silhouettes minuscules, les
méandres des rivières. Un sentiment de sérénité proche de l'extase m'enveloppait.
Nager...Nager est une des choses les plus merveilleuses qui me soient arrivées dans la vie. Ca n'a résolu aucun de mes problèmes, mais ça ne m'a jamais nui, et rien n'est jamais venu gâcher le
bonheur que ça me procure. Nager..."
Chroniques de l'oiseau à ressort, Haruki Murakami, Editions Seuil, 742p.
Par Clarinette
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