Lundi 23 novembre 2009
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12:48
J'ai eu envie de lire ce livre après avoir vu la bande-annonce du film Le
hérisson. Le sujet a m'attirée : l'histoire de Renée Michel, concierge vieillissante d'un immeuble bourgeois, en apparence laide, revêche et inculte qui est en réalité une femme
extrèmement cultivée et autodidacte. Renée s'efforce de coller au cliché de la concierge et cache soigneusement son érudition, parce que dans le monde où nous vivons, chacun doit rester à sa place
et on ne mélange pas torchons et serviettes. Ses riches voisins la snobent et sa seule amie est Manuela, une femme de ménage portugaise. Dans son immeuble habite Paloma, douze ans, surdouée, en
conflit permanent avec ses parents et sa soeur. Elle a décidé de suicider le jour de ses treize ans et en attendant écrit ses "pensées profondes". Et, un jour, un riche, séduisant et élégant
Japonais emménage dans l'immeuble et va démasquer Renée...
Quand je l'ai feuilleté pour la première fois en rentrant chez moi, j'ai regretté mon achat, j'ai eu l'impression d'un style pédant et prétentieux. Puis, lorsque j'ai commencé
à le lire pour de bon, j'ai admiré la qualité de l'écriture, même si le côté ampoulé, m'a agacé par moments. C'est un livre qui m'a agréablement surprise. Je ne m'attendais pas à le lire avec autant de plaisir.
En fait, il s'agit d'un roman de gare déguisé en oeuvre littéraire (ou l'inverse). Si l'on enlève toutes les références littéraires, philosophiques et artistiques -et elles sont nombreuses !- qui
l'habillent, il ne reste en fin de compte qu'une histoire à l'eau de rose pour midinette. On frôle même parfois la comédie romantique hollywoodienne. La fin est, à mon avis, un peu trop mélo. Muriel Barbery n'a
peut-être pas totalement assumé le côté "fleur bleue" de son livre et a, semble-t-il, voulu éviter la "happy end".
Et puis, il y a quelque chose de désespérant dans la morale de ce livre : d'abord, l'extrème solitude de Renée. Pendant cinquante-quatre ans, son amour caché pour les arts
va rester solitaire -Comment peut-on aimer quelque chose sans jamais le partager avec
qui que ce soit ?- Ensuite, Renée disparaît alors qu'elle commençait enfin à obtenir une reconnaissance de son voisinnage, comme si celle-ci était imméritée ou inconcevable et que le dialogue entre
la modeste concierge et ses bourgeois de voisins était en fin de compte impossible. Et, finalement, chacun reste à sa place, les torchons avec les torchons, les serviettes avec les serviettes
et Renée reste enfermée dans son image de concierge illettrée...
Malgré toutes ces critiques, j'ai plutôt apprécié cette lecture parce que le livre est bien construit, agréable à lire et, qu'au fond, j'ai une âme de midinette.
extrait : "Je me rends soudain compte qu'il y a de la musique.
Ce n'est pas très fort et ça émane de hauts-parleurs invisibles qui diffusent le son dans toute la cuisine.
Thy hand, lovest soul, darkness shades me,
On thy bosom let me rest.
When I am laid in earth
May my wrongs create
No trouble in thy breast.
Remember me, remember me,
But ah ! Forget my fate.
C'est la mort de Didon, dans le Didon et Enée de Purcell. Si vous voulez mon avis : la plus belle oeuvre de chant au monde. Ce n'est pas seulement beau, c'est sublime et ça tient à
l'enchaînement incroyablement dense des sons, comme s'ils étaient liés par une force invisible et comme si, tout en se distinguant, ils se fondaient les uns dans les autres, à la frontière de la
voix humaine, presque dans le territoire de la pliante animale -mais avec une beauté que les cris de bête n'atteindront jamais, une beauté née de la subversion de l'articulation phonétique et de la
transgression du soin que le langage met d'ordinaire à distinguer les sons.
Briser les pas, fondre les sons.
L'Art, c'est la vie, mais sur un autre rythme."
L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Folio, 410 pages.
lu aussi par : Laurence, Lo, Papillon, Jules, Yue Yin, Solsol, Agapanthe, Tamara, Anne, Florinette, etc...
Le morceau de musique préféré de Renée
:
When I am laid in earth,
extrait de Didon et Enée de Henry Purcell
Par Clarinette
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2
Dimanche 8 novembre 2009
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15:19
Le début m'a rappelé L'écume des jours de Boris Vian et d'ailleurs, sur la quatrième
de couverture Véronique Ovaldé est comparée à cet auteur.
Lancelot est un personnage lunaire, rêveur et solitaire. Il vit dans sa bulle, à côté d'une femme qu'il n'aime plus, dans un monde merveilleux, presque féérique peuplé d'opossums et parsemé de
pétales de fleurs de cerisiers, jusqu'au jour où il tombe fou amoureux d'Irina après avoir reçu un escarpin à talon aiguille sur la tête. Elle devient alors sa nouvelle femme. Mais, un jour, Irina
meurt mystérieusement et Lancelot découvre qu'elle menait une vie parallèle qu'il ignorait complètement. Sa vie bascule alors...
Lancelot est plutôt attachant. C'est un homme déconcerté par la dure réalité de la vie et qui tente en vain de s'en protéger.
Véronique Ovaldé possède indéniablement une très jolie plume pleine d'images et de métaphores originales et insolites. Mélange de noirceur et de fantaisie, son écriture est un vrai délice. Une
belle découverte. Pourtant, il m'a manqué juste un tout petit quelque chose -je suis incapable de dire quoi- pour que ça devienne un grand coup de coeur.
extrait : "Mais Elisabeth revint. Elle débarqua dans l'appartement avec son sac à dos, son tapis de sol roulé, ses chaussures de montagne, son
nez rose, et Lancelot se leva pour l'accueillir. A moins que ce ne fut pour l'observer tourbillonner comme il l'eût fait devant une espèce rare de coléoptère.
Dès qu'elle mit un pied dans l'appartement elle commença à parler -bien que Lancelot soupçonnât qu'elle ne s'arrêtait jamais et qu'il ne faisait que saisir des bribes d'un discours continu quand il
passait près d'elle. Il pencha la tête et se dit, Ce n'est plus possible. Cette pensée était motivée bien entendu par sa récente rencontre avec Irina (il y avait de cela trois jours), rencontre qui
l'avait tant bouleversé qu'il était maintenant hors de question de reprendre sa vie là où il l'avait laissée. Il se surprit à lui dire tout de go :
L'armoire a disparu (remarque accompagnée d'un haussement de sourcils et d'épaules signifiant à la fois, ce n'est pas important, je suis innocent et je m'en fous).
Elle ne lui répondit pas, elle resta plantée là, avec tout son attirail à ses pieds, elle avait les bras longs, beaucoup plus longs que la moyenne, ce qui avait pu, en des temps révolus, conférer à
ses gestes une sorte de grâce étrange de danseuse indienne mais qui lui donnait à présent, en cet instant précis, parce qu'elle se tenait légèrement bossue, ayant déchargé à terre tout son barda,
l'attitude d'une guenon mélancolique."
Et mon coeur transparent, Véronique Ovaldé, J'ai lu, 222 pages.
lu aussi par : Sassenach, Papillon, Saxaoul, Clochette, Dominique Poursin, Florinette, Anne, Antigone, Clarabel
Par Clarinette
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1
Dimanche 20 septembre 2009
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17:57
Quand j'ai vu la bande-annonce du film de Laurent Tirard qui doit sortir le 30 septembre, j'ai eu envie de me plonger dans les
aventures du petit Nicolas que je connaissais assez mal. C'est un personnage que j'ai découvert alors que j'étais déjà adulte. Difficile de se mettre dans la peau d'un petit garçon de sept ou huit
ans quand on a largement et depuis très longtemps dépassé cet âge. J'avoue que je me sens un peu vieille pour apprécier pleinement ce genre de lecture, d'autant qu'il ne s'agit pas pour moi d'une
lecture d'enfance et qu'elle n'évoque donc aucun souvenir. Les histoires sont un peu répétitives : Nicolas fait des bêtises avec ses copains Alceste, Clotaire, Eudes, Geoffroy, Agnan...Les victimes
sont en général : les parents ou la maîtresse qui est adorée par ses élèves turbulents mais qui est très vite dépassée par les évènements et a du mal à s'imposer face à cette bande de garnements,
le directeur de l'école...Chaque aventure se termine en général par une catastrophe ou une belle bagarre entre copains. Un livre que j'aurais sans doute plus apprécié si je m'étais contenté de le
lire à petite dose en piochant un chapitre par-ci, par-là. Mais j'ai tout de même été sensible au charme poétique des dessins de Sempé, à l'écriture simple et enfantine de Gosciny
et à certaines situations vraiment comiques. On voit que les deux compères on su retrouver leur âme d'enfant pour réaliser cet ouvrage. En tous cas j'irai certainement
voir le film.
Le petit Nicolas, Sempé/Gosciny, Folio, 157p.
Par Clarinette
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3
Jeudi 30 juillet 2009
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22:47
Mazarine Pingeot s'est inspirée d'un fait divers réel (l'affaire Courjault) et a imaginé une longue lettre écrite par une mère infanticide à son mari depuis la prison où elle est incarcérée. Le seul point commun avec
l'affaire en question est une simple allusion à un congélateur.
L'auteure a surtout cherché à entrer dans la peau de cette femme, et tente d'expliquer l'inexplicable (et le fait plutôt bien): qu'est-ce qui a poussé cette mère de deux petits garçons à tuer
son troisième nouveau-né ? Où le mal a-t-il pris racine ? Dans son enfance auprès d'une mère froide, distante et peu affectueuse ? Dans son mariage avec un homme qu'elle admire mais qui la méprise
et la tyrannise ?
Une lecture assez éprouvante : Mazarine Pingeot assène des phrases, martèle des mots, comme si la narratrice voulait enfoncer un clou dans le crâne de cet homme qu'elle adule et qu'elle déteste en
même temps. De nombreuses questions en ressortent : qu'est-ce qu'être mère ? Comment le devient-on ? Quelle est la place du père dans cette maternité ?
Difficile d'éprouver de la sympathie pour cette femme, encore moins pour son mari qui est décrit comme un monstre odieux d'égoïsme, mais on finit par comprendre les raisons profondes qui l'ont
conduite à ce geste. Un livre qui ne m'a pas laissée indifférente, en tout cas...
extrait : "Je t'ai sans doute un peu dépaysé, je ne te paraissais pas comme les autres, j'étais maladroite et timide, tu pensais peut-être que
tu pourrais me faire, me modeler, et je n'ai rien contre cet instinct de pygmalion qui habite tant d'hommes. Au contraire, jai éprouvé du plaisir à me laisser construire, transformer et, si mes
résistances ont finalement été l'obstacle à ton chef-d'oeuvre, tu étais parvenu à un résultat convaincant. J'ai tout fait échouer. Tu dirais sans doute que c'était pour te nuire, mais je ne peux
l'accepter. Je ne peux accepter l'idée d'avoir fait quoi que ce soit pour te nuire. C'est par amour que je suis devenue cette femme-là, que j'ai élevé tes enfants comme tu l'entendais, que je
tâchais de tenir une maison ordonnée. Mais c'était oublier mon propre poids, la passivité de ma matière, de mon corps, de mon être, cette force de gravitation qui entraîne tout vers le bas. C'était
oublier qui j'étais, d'où je venais, quelle petite fille j'avais été, pesante déjà pour les autres et pour moi-même, obstacle déjà à la carrière de ma mère et à son repos. Epine dans son pied,
j'avais enrayé son mécanisme à être heureuse."
Le cimetière des
poupées, Mazarine Pingeot, Points, 155p.
Par Clarinette
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Jeudi 2 juillet 2009
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00:11
Ce livre m'a à la fois touchée, gênée, boulversée et troublée. Emmanuel Carrère y explore plusieurs aspects de son histoire
personnelle et familiale et tente de recoller les morceaux de sa vie. A travers ce récit, il entreprend une sorte de thérapie, brise un silence qui a traversé trois générations et ose s'attaquer à
un sujet tabou, occulté en particulier par sa mère : la disparition mystérieuse de son grand-père à la fin de la guerre.
Sous prétexte de tourner un film documentaire sur une petite ville de province perdue, Kotelnitch, il effectue une sorte de pélerinage en Russie au cours duquel il tente de pratiquer la langue
qu'il a parlé enfant et qu'il a perdu depuis. J'ai particulièrement aimé ces passages où Emmanuel Carrère décrit parfaitement et sans détours ses rencontres, ses impressions et son ressenti.
En revanche, la description de sa relation avec Sophie, sa compagne, m'a par moments dérangée. Il s'y montre sous un jour assez égoïste et machiste, mais il a le mérite de faire preuve d'honnêteté
et de sincérité. Comme dans tout récit autobiographique il y a un côté impudique et nombriliste qui peut parfois être agaçant, mais, heureusement, il y a la plume d'Emmanuel Carrère. La lettre
adressée à sa mère à la fin du livre m'a émue aux larmes et j'ai du faire une pause avant de la lire jusqu'au bout.
L'auteur de La moustache, L'adversaire et La classe de neige a toujours cette capacité d'aller au fond des choses. Une quête de
vérité que l'on trouve déjà dans ses précédents romans, ici, c'est de sa propre vérité dont il s'agit.
extrait : "Tout de même, pourquoi Kotelnitch ? Quand je dis, pour aller vite, que je veux y retrouver mes racines, c'est de la blague.
je n'en ai aucune à Kotelnitch, et au fond aucune en Russie. L'arrière-grand-oncle qui a été six mois gouverneur de Viatka et qui défenestrait les musulmans fait toujours grand effet quand j'en
parle. sacha l'écologiste s'est offert à lancer des cherches sur lui dans les archives, j'ai dit oui oui d'un air enthousiaste mais en réalité je m'en fous. Mon grand-père était géorgien, ma
grand-mère a grandi en Italie, les vastes domaines de mes arrières grands-parents m'indiffèrent. Cette terre ne m'est rien, seulement la langue qu'on y parle. ce n'est pas ici que ma mère l'a
apprise et parlée, que je l'ai entendue enfant, mais à Paris. alors pourquoi aller à Kotelnitch, sinon parce que s'est échoué là le destin de ce Hongrois qui me permet d'approcher par un chemin
détourné celui de mon grand-père ?
Parfois, je me dis ceci : qu'il s'agit d'un trajet dont le point a est l'histoire du Hongrois, le point z celle de Georges Zourabichlivi, et qu'entre ces deux points je ne sais pas ce qu'il y a. Le
pari, que rien ne justifie rationnellement, est de le trouver à Kotelnitch. J'aurais pu aller en Géorgie, suivre l'émigration de mon grand-père, Tbilissi, Istanbul, Berlin, Paris, Bordeaux, jusqu'à
cette avenue que j'imagine bizarrement écrasée de soleil où se trouvait l'immeuble de la Kommandantur. mais non, c'est Kotelnitch."
Un roman russe,
Emmanuel Carrère, Folio, 399 p.
Par Clarinette
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3
Samedi 27 septembre 2008
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00:20
Paul Hasselbank est toulousain, il est gravement malade. Sa femme, Anna, l'a quitté pour aller vivre au Canada.
Il part à sa recherche, en plein hiver, dans le grand nord
canadien, il y rencontre Floyd Paterson, un ancien amant
d'Anna qui vit seul dans une maison au bord d'un lac. Paul se
retrouve enfermé chez lui à cause d'une tempête de neige. Paul voit en Floyd "l'homme entier" celui qui a su offrir à sa femme ce que lui-même ne pouvait lui offrir. Au milieu des éléments qui se
déchaînent, les deux hommes, intrigués et fascinés l'un part l'autre, s'observent...Confronté à cette nature hostile, Paul Hasselbank tente de panser ses plaies physiques et morales. Floyd, lui, est un grand chasseur à l'arc
qui vit en contact étroit avec la nature, en harmonie avec les animaux qui
l'entourent.
Jean-Paul Dubois s'interroge sur l'animal qui sommeille en chaque être humain, sur sa part de
sauvagerie et de bestialité qui apparaît notamment à travers le spectacle d'ultimate fighting auquel assiste Paul.
C'est aussi un roman sur le mâle et sa virilité, son désarroi devant le "mystère féminin". Les deux protagonistes, chacun à sa façon, ont été confrontés à des femmes qui sont pour eux des
énigmes.
J'aime beaucoup le regard que Jean-Paul Dubois porte sur les choses, les hommes, les animaux, la nature, le monde en général...C'était déjà le cas avec Une vie française, mais j'ai trouvé qu'ici il abordait ces sujets avec encore plus de profondeur, à la recherche de ce qui fait l'essence de
l'homme...
extraits : "Je reste étendu là, persuadé qu'un lien naturel nous rattache au monde des animaux. Souvent la
présence des animaux nous tire vers ce mystère-là. Nous avons en commun avec eux les les brûlures de la faim et de la peur, ainsi que la présence de sel dans notre sang...Je suis revenu au
camp en pensant à la complexité des rapports qu'entretiennent les animaux avec le temps et l'espace : leurs migrations, leur patience, leurs réseaux et repaires. Ont-ils vraiment des désirs, du
courage, de la perspicacité ? Peu d'êtres vivants nous défient à la manière des animaux sauvages. Ils nous bouleversent comme le font les grandes marées, nous hantent en posant sans cesse les
questions de détermination, du sens de la responsabilité, de l'importance de la génétique et du passé en général."
[...] "C'était le spectacle le plus répugnant auquel il ait été jamais convié. ces combats sans règles ni limites étaient retransmis par des chaînes de télévision à péage qui réalisaient là leurs
plus belles audiences. La recette était simple : à l'intérieur d'un ring ceint de hauts grillages, on enfermait deux hommes pêchés dans quelque torrent de misère avec pour instruction de
s'entretuer comme des chiens de combat. Tous les coups, toutes les prises, toute la sauvagerie de la terre étaient ici requis. Pas de gants, pas de protections et surtout beaucoup de sang.
Evidemment pas d'arbitre ni de victoire aux points. Le gagnant, celui qui emportait la prime, était le survivant, celui qui, à la fin, tenait encore debout. Entre ces combats qui rappelaient les
origines des temps, une équipe denettoyage lessivait le ring pour laisser place nette aux nouveaux guerriers qui se jetaient l'un sur l'autre au milieu d'une foule délirante. Voilà ce qu'était
l'Ultimate Fighting, une petite fin du monde filmée, une "bascule des civilisations"..."
Hommes entre eux, Jean-Paul Dubois, Points, 183p.
Par Clarinette
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3
Lundi 8 septembre 2008
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21:56
J'ai eu l'occasion dernièrement de passer deux fois quelques jours dans le Médoc, c'est ce qui m'a donné envie de lire La
Baïne. Un roman noir sur fond de terroir.
A Soulac, Sandrine, mariée,deux enfants, une vie rangée, sans histoire et vaguement ennuyeuse, fait la connaissance d'Arnaud, "l'Etranger", un photographe parisien venu en repérage pour un film.
Sandrine va l'aider, l'aimer et s'épanouir à son contact, tandis que lui va reprendre goût à la vie alors qu'il ne croyait plus en rien. Mais les soulacais finissent par découvrir leur liaison et
ne la voient pas d'un bon oeil...
Sous la plume d'Eric Holder, le Médoc prend un aspect lourd et menaçant. L'auteur connaît parfaitement la région puisqu'il y vit. Ses habitants , quasi insulaires sont méfiants voire hostiles vis-à-vis de tout ce qui vient d'ailleurs. Attachés à leurs femmes, comme à leurs terres, les hommes pour
la plupart chasseurs ou pêcheurs voient en Arnaud un prédateur venu voler leur bien.
Un roman très prenant où la tension monte imperceptiblement...
premières phrases : "Autrefois le Médoc ne ressemblait pas à une corne défiant l'Atlantique et protégeant l'oeil de Bordeaux. C'était au nord un
chapelet de rochers émergés, une terre inégale au sud, sans cesse transformée par les marées et l'érosion. Il aura fallu le travail opiniâtre, séculaire, de l'homme pour scinder l'eau qui nous
entoure entre océan et Gironde, assécher celle des marécages et donner à un banc de sable troué l'allure d'une péninsule.
"Médoc", la région au milieu du flot. De là vient qu'à Soulac, située près de la pointe, côté salé, on nous prête un tempérament d'îliens. Et certes, lorsque nous gagnons Le Verdon, la commune
voisine, du côté saumâtre où s'engouffrent les cargos, nous ne pouvons nous défaire du sentiment que le continent se trouve sur la rive opposée, en Saintonge."
La baïne, Eric Holder, Points, 188p.
plage de
Soulac
Par Clarinette
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2
Lundi 1 septembre 2008
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01:05
En lisant la quatrième de couverture et en découvrant le sujet de ce roman, j'avoue que j'ai eu un peu d'appréhension. Florence Ben Sadoun était la maîtresse de Jean-Dominique Bauby. Pour mémoire, celui-ci a été victime du locked-in syndrome suite à un
accident. C'est aussi l'auteur de Scaphandre et le papillon que je n'ai jamais eu le courage lire et dont un film a été tiré récemment.
Complètement paralysé, il ne pouvait communiquer qu'en clignant un oeil. Dix ans après, elle relate les derniers moments passés avec lui, effectue des retours en arrière sur leur rencontre et leur liaison, évoque aussi sa propre enfance et sa
famille. Cette lecture m'a laissé une impression mitigée. L'auteur
s'adresse à Jean-Dominique Bauby, tantôt en le tutoyant tantôt en le vouvoyant, je n'ai pas compris pourquoi et ça m'a agacée. Elle règle ses comptes avec le milieu hospitalier, le personnel de
l'hôpital de Berck (le "Vomi" !), qu'elle décrit comme des gens déshumanisés surtout intéressés par la célébrité du grand homme. Et puis surtout elle tente de reprendre sa place, celle de la
dernière femme que Bauby a aimée et qui l'a aimé. Celle qui a été mise à l'écart puisqu'elle n'était pas la veuve "officielle".
Florence Ben Sadoun a une belle écriture, mais un peu décousue et un peu trop stylisée à mon goût. J'ai trouvé qu'elle abusait des effets de phrases, des métaphores... J'ai eu le sentiment qu'elle
vidait son sac et se déchargeait de son amertume. Je n'ai pas détesté lire ce livre. Mes passages préférés sont ceux où elle parle de son enfance. Mais je n'ai pas vraiment été touchée, je n'ai
ressenti d'émotion qu'à de rares moments.
extrait : "A partir du moment où j'entre dans votre chambre, je suis accrochée à votre regard comme Bernard à son Ermite. Il est vif, beau,
intelligent et unique. Ils ne vous ont laissé qu'un oeil pour faire valoir que vous êtes là et pour vous défendre. L'autre, ils l'ont cousu. Pour toujours. Sauvagement, sans anesthésie. Je n'ai pas
compris tout de suite que c'était pour toujours, mais j'ai pleuré beaucoup ce jour-là. Vous ne m'avez plus jamais regardée avec vos deux yeux, plus jamais caressée même du regard.
Je t'appartiens à ce premier clin d'oeil et ne fais plus jamais le moindre geste sans vous quitter des yeux, en restant le plus possible dans le champ étroit de votre vision. Ce fil qui nous unit
et qui te relie surtout à la vie est d'une puissance insoupçonnable. Vous m'accrochez avec votre oeil aussi violemment que vous pouviez me prendre dans un lit. Quand tu me disais fermement "Ne
bougez plus !"
La fausse veuve, Florence Ben Sadoun, Denoël, 107p.
Cathulu, Lo et Frisette l'ont lu aussi
Merci à Violaine de Chez les
filles et aux Editions Denoël pour cette lecture.
Par Clarinette
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3
Mardi 10 juin 2008
2
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/2008
12:53
Ce qui m'attirée chez Annie Ernaux : la manière dont elle aborde son intimité. J'avoue que j'ai un petit faible pour les auteurs qui
se dévoilent : Nicolas Fargues, Christine Angot (avec beaucoup moins de talent)...
Dans ces trois livres, donc, elle se raconte. Dans le premier (Passion simple), elle fait le récit de sa passion pour un homme. Le deuxième
(L'occupation) est un peu la suite du premier : elle est séparée de cet homme mais est littéralement habitée par une jalousie dévorante
pour la femme de celui-ci. Le dernier (Se perdre)est le matériau qui a servi à l'écriture du premier : le journal intime qu'elle écrivait à
l'époque de sa liaison avec S., un diplomate russe.
Annie Ernaux explore ses sentiments et ses pulsions les plus profonds, expose sa jouissance et sa souffrance sans concession. Ca pourrait être dérangeant, on pourrait se sentir voyeur mais ça n'est
pas le cas car du début jusqu'à la fin ça reste l'oeuvre d'un écrivain. Ce n'est pas seulement le récit d'une passion charnelle c'est aussi celui d'une passion pour l'écriture. Annie Ernaux puise
dans sa vie, la sublime pour créer son oeuvre. Elle n'écrit pas pour gémir, elle écrit pour se connaître car "la connaissance libère toujours". Un mot me vient à l'esprit quand je pense à
l'écriture d'Annie Ernaux : l'élégance.
extraits : "Il est évident que
cette perte du sentiment de soi, comme dans l'alcool ou la drogue, est ce qu'il y a de plus désirable et de plus dangereux, du moins pour moi."
"Je ne peux pas dire que les hommes me perdent, ce n'est que mon désir qui me perd, la
soumission à (ou la quête de) quelque chose de terrible, que je ne
comprends pas, né dans l'union avec un corps, et aussitôt disparu." (Se perdre)
Passion simple, L'occupation, Se perdre, , Annie Ernaux, Editions Gallimard, Collection Folio.
Par Clarinette
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4
Lundi 7 janvier 2008
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/2008
16:24
J'ai pris ce livre avec un mélange d'appréhension et de curiosité. Et puis, dès les premières phrases, j'ai été happée. Nicolas Fargues s'adresse au lecteur
comme s'il se confiait à un vieux pote de toujours. Il raconte son histoire, celle de sa vie de couple perturbée et finissante avec Alexandrine, sa femme africaine, celle de son amour pour Alice
une femme rencontrée lors d'un week-end en Italie. Il se dévoile, se déshabille se met à nu devant nous, lecteurs, et c'est troublant. Il n'y a rien d'indécent ni d'obscène dans ce déballage
intime. Il frôle la ligne rouge sans jamais la dépasser et ne porte jamais atteinte à la pudeur ni à la dignité de ses protagonistes.
On entre directement dans la tête d'un homme. On a ainsi accès à ses pensées, son ressenti d'homme moderne, de mâle occidental "castré", dépossédé de ses attributs virils par une femme autoritaire
et possessive.
J'ai pu être agacée par son ton de victime, j'ai pu penser qu'il en rajoutait, j'ai pu avoir du mal à croire à son histoire d'homme maltraité. Et aussi, j'ai eu du mal à accepter la théorie selon
laquelle, ses problèmes de couple venaient de la différence de couleur de peau entre sa femme et lui, du fameux impossible dialogue Nord-Sud. Comme si, pour vivre ensemble et en harmonie, il
fallait forcément être de la même culture et de la même couleur. Et puis sa rancoeur, déjà très présente dans Rade
Terminus, vis à vis de l'Afrique et des Africain(e)s m'a mis mal à l'aise.
Mais j'ai adoré le lire, j'aimerais être capable de me livrer avec autant de liberté et de facilité. J'imagine quel exutoire cela a du être pour lui.
Et enfin le récit de son histoire d'amour avec Alice est très belle, comme on aimerait tous en vivre. Ses descriptions de l'Italie et des Italiens sont magnifiques sans doute idéalisées par l'amour
qu'il porte à une Italienne mais elles donnent envie d'y partir tout de suite.
Certains de ses propos m'ont heurtée, mais j'ai été séduite par la transparence et la sincérité dont fait preuve
Nicolas Fargues dans ce livre, je me suis sentie concernée par son histoire. C'est, à mon avis, le principal atout de ce roman.
extrait : "En fait, j'ai attendu la trentaine pour comprendre que j'étais exactement comme tout le monde et qu'on était tous dans la même galère, que j'avais été un sacré abruti de
me croire au-dessus de la mêlée. d'ailleurs, ma psy, c'est ce qu'elle m'a dit dès notre première séance au mois de juin : "maintenant, vous n'êtes plus au-dessus des autres, vous êtes parmi
les autres", en insistant bien sur parmi. Les autres, avant, moi, je pensais que je n'avais rien à leur dire. Mais, les autres, j'ai été bien content de les trouver, quand j'ai
eu besoin de parler. Parce, que tu sais, avant, je ne parlais pas. Monsieur pas de problème, je te dis. Et, aujourd'hui, je peux te dire que c'est parce que j'ai parlé des heures, à des
oreilles attentives ou non d'ailleurs, peu importe, que je m'en suis tiré. Oui je le dis haut et fort : Merci les autres, merci ! Vous m'avez sauvé la vie, et pardonnez-moi de vous avoir si
longtemps pris de si haut, je vous jure que j'ai bien retenu la leçon et que je ne le ferais plus !"
J'étais derrière toi, Nicolas Fargues, Editions P.O.L, Collection Folio, 236p.
Par Clarinette
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