Jeudi 29 octobre 2009
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Encore un roman de Douglas Kennedy très efficace et qui se lit très facilement. Mais j'ai été agacée mais son côté matérialiste
: pas une page où il n'est question d'argent et de dollars (avec plusieurs zéros). Mais un roman distrayant. Avec un suspense qui monte en puissance, difficile d'en décrocher. Mais, j'ai presque
été déçue par la morale de l'histoire : à Hollywood, l'on est rien si l'on n'est pas riche et célèbre. J'avoue avoir du mal à y adhérer, peut-être parce que je ne suis moi-même ni l'un ni l'autre.
Le narrateur, David Armitage, scénariste, perd tout après avoir connu une ascension fulgurante : notorité, argent, biens, femme, enfant, amis, petite amie... Pourtant il s'obstine à poursuivre son
rêve de fortune et de gloire, comme si sa vie en dépendait. Impossible pour moi de m'identifier à l'un ou l'autre des personnages, ni même de compatir aux déboires du personnage principal. Malgré
tout, une fois de plus, j'ai été tenue en haleine. Il faut dire que Douglas Kennedy manie redoutablement bien l'art du suspense !
extrait : "Ou on est dans le coup ou on ne l'est pas. Ou on est lancé ou on n'existe pas. En ce sens, Hollywood est un archétype des théories
darwiniennes. Alors que dans d'autres villes la même hantise de la réussite se dissimule sous des couches d'urbanité et d'affectation intellectuelle, le principe de base est ici sans détour : si tu
as quelque chose à m'apporter, tu m'intéresses. Monstrueuse superficialité, s'indigne-t-on souvent, mais moi j'aimais la franchise bourrue de ces rapports sociaux. On sait toujours de quoi il est
question. On ne peut ignorer les règles du jeu."
Rien ne va plus, Douglas Kennedy,
Pocket, 443p.
Par Clarinette
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Dimanche 25 octobre 2009
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14:42
Ecrit dans un style très familier,un roman noir qui se laisse volontiers lire tellement l'intrigue est prenante.
Nick, un petit journaliste américain moyen, anonyme et un peu looser, décide un jour sur un coup de tête de quitter sa vie solitaire et sans histoire pour aller explorer les grands espaces
australiens. Son chemin croise celui d'Angie, une belle Australienne qui va l'attirer dans ses filets et le conduire dans un traquenard au fin fond du désert.
C'est loin d'être un chef d'oeuvre de littérature, j'y ai même noté quelques invraisemblances, mais on ne peut qu'être accroché à cette histoire et avoir envie de savoir comment Nick va sortir de
ce pétrin. Une ambiance très cinématographique, Douglas Kennedy plonge efficacement le lecteur dans l'atmosphère torride et étouffante du bush australien. Un livre idéal pour une lecture de voyage
ou de vacances et qui a le mérite de ne pas trop fatiguer les neurones.
extrait : "J'étais au centre d'un univers voué au rouge. Un rouge aride, stérile, couleur de sang séché. A perte de vue, de la latérite et une
brousse maigre, poudrée de rouge. Le tout occupait un plateau d'un taille qui défiait l'imagination. Je me suis éloigné du combi et, planté au milieu de la route, j'ai contemplé les quatre
horizons. Au nord, rien. Et rien non plus au sud , à l'est ou à l'ouest... Pas la moindre bicoque, pas un poteau téléphonique, pas l'ombre d'un panneau, qu'il soit routier ou publicitaire. N'était
le ruban de bitume que j'avais sous les pieds, j'aurais pu être le premier homme à m'aventurer dans cette contrée. Un désert sans limites, sous un ciel d'un bleu implacable. L'infini hypnotique à
force de monotonie."
Cul-de-sac, Douglas Kennedy, Folio policier, 292 pages.
lu aussi par : Loupiotte, Laconteuse, Allie, Sassenach, Eireann, Caroline
Par Clarinette
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Samedi 24 octobre 2009
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12:07
Un livre qu'il m'a fallu apprivoiser et que j'ai lu lentement et par petites doses, mais qui est loin de m'avoir laissée indifférente.
L'hisoire commence dans les années cinquante et se termine à la fin des années soixante-dix. Ariah, le personnage central, est orgueilleuse et hautaine, parfois arrogante, parfois terrifiée, pas
sympathique mais fascinante. Devenue veuve le lendemain même de ses noces, parce que son mari s'est jeté dans les chutes du Niagara, elle est persuadée d'être poursuivie par une malédiction. Ariah
est difficile à cerner, souvent dans le déni, on ne comprend pas toujours ses motivations. Elle fait parfois preuve d'une obstination impressionnante lorsqu'il s'agit de ne pas voir la réalité en
face.
Le passage sur les dégâts de la pollution dûe à l'industrialisation effrénée sur les abords du Niagara dans les années soixante et sur la tentative desespérée de Dirk Burnaby, le deuxième époux
d'Ariah, d'en défendre les victimes est passionnant.
Puis on voit les dégats des non-dits d'Ariah sur ses enfants : leurs interrogations sur leur père décédé, leurs hésitations et les erreurs où cela va les mener. Mais ils continuent pourtant à
porter à leur mère un attachement viscéral.
Et enfin, il y a les Chutes, elles-mêmes, qui m'ont fait l'effet d'être un personnage à part entière. Une sorte de monstre gigantesque que l'on entend gronder tout au long du roman et dont la force
d'attraction est irrésistible.
Le style de Joyce Carol Oates dont c'est le premier livre que je lis est à l'image de ses personnages : plein de doutes, de tergiversations et de contradictions et toujours en mouvement. Ca m'a
perturbée au début, mais je me suis rendu compte peu à peu que c'était ce qui faisait la force et le charme de ce roman bouillonnant, dense et riche en surprises.
extrait : "Pendant sept jours et sept nuits, elle veilla.
Pendant sept jours et sept nuits, on vit la Veuve blanche au bord des gorges du Niagara, sur Goat Island ou sur les rives du fleuve ; elle se joignit aux équipes de secours qui cherchaient le
"disparu" et accompagna une équipe de garde-côtes dans sa patrouille en aval, au-delà de Lewiston et Youngstown, jusqu'au lac Ontario. Dans l'embarcation, Ariah Erskine etait la seule femme, et sa
présence mettait les hommes mal à l'aise. Fiévreuse, dans un état second, elle fixait de ses yeux rougis les vagues clapoteuses, onduleuses, comme si, à tout instant, le corps d'un homme pouvait
apparaître et mettre un terme à sa quête. D'une voix basse, rauque, elle répétait à qui voulait bien écouter : "Je suis la femme de Gilber Erskine et, si je suis devenu sa veuve, il faut que je
sois présente lorsqu'on le retrouvera. Je dois m'occuper de mon mari." Les officiers du garde-côte échangeaient des regards peinés, ils savaient à quoi ressemblait le cadavre d'un homme tombé dans
les chutes."
Les chutes, Joyce Carol Oates, Points, 552p.
lu aussi par : Caroline, La Conteuse, Agapanthe, Solsol, Choupynette
Par Clarinette
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Dimanche 6 septembre 2009
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11:18
J'ai découvert Paul Auster il y a quelques années peu de temps avant de commencer ce blog. J'ai voulu alors ingurgiter toute son oeuvre d'un coup mais au bout de trois ou quatre livres, je me suis
lassée. J'ai adoré la Trilogie
Newyorkaise et Moon Palace, j'ai un peu moins aimé Mr Vertigo. Puis
j'ai enchaîné sur L'invention de la solitude et Le livre des illusions que je
n'ai pas lus jusqu'au bout. Ce n'est que ces jours-ci que j'ai redécouvert dans ma PAL les livres que j'avais abandonnés dont celui-ci.
Le début apparaît comme une biographie rédigée par le narrateur Peter Aaron. En apprenant sa mort,
celui-ci a décidé de prendre la plume pour raconter la vie de son meilleur ami Benjamin Sachs. On s'attend alors à un récit un peu ennuyeux. Dans un sens, cela donne un aspect plus réaliste à
l'histoire et cela permet au lecteur de mieux y croire... Mais, plus on avance dans le livre, plus il
ressemble à un roman. D'abord parce que le narrateur lui-même est impliqué et joue un rôle dans le destin de son personnage, il n'est pas un simple observateur. Et puis, on finit par être pris par
cette histoire comme par un thriller...Paul Auster a l'art de faire monter le suspense. Par un enchaînement de rencontres fortuites, de hasards, et de coïncidences, il démontre comment un Américain
moyen, brillant et cultivé, qui a tout pour réussir devient un terroriste poseur de bombes qui va s'attaquer au grand symbole préféré des américains : la statue de la Liberté. Ca pourrait paraître
tordu, pourtant on y croit parce que c'est tellement bien écrit que même les situations plus invraisemblables paraissent plausibles.
Paul Auster évoque aussi assez discrètement : l'époque Reagan, la fin des années 70 et avec elle la disparition de certaines valeurs idéalistes remplacée par le matérialisme et l'individualisme des
années 80, et, vers la fin du roman, la chute du mur de Berlin... Léviathan montre un homme qui se cherche dans un monde en pleine
mutation.
Un livre que j'ai trouvé très intelligent et passionnant.
extrait : "L'époque Reagan commençait. Sachs continuait de faire ce qu'il avait toujours fait, mais dans le nouvel ordre américain des années quatre-vingt, sa position tendait à se
marginaliser. S'il ne manquait pas de lecteurs, leur nombre se réduisait néanmoins et les revues qui le publiaient devenaient de plus en plus obscures. De façon presque imperceptible, il en vint à
être considéré comme dépassé, comme décalé par rapport à l'esprit du temps. Le momnde autour de lui avait changé, et dans le climat ambiant d'égoïsme et d'intolérance, d'américanisme débile et
triomphant, ses opinions rendaient un son étrange de raideur et de moralisme. Il était déjà assez inquiétant que la droite fût partout en pleine progression ; l'écroulement de toute réelle
opposition à cette droite paraissait à Sachs plus inquiétante encore. Le parti démocrate s'était effondré ; la gauche avait pratiquement disparu ; la presse était muette. L'autre bord s'était
soudain approprié tout les arguments, et élever la voix contre lui passait pour de mauvaises manières. Sachs continuait à exprimer ses idées, à affirmer haut et fort ce qu'il avait toujours cru
vrai, mzis de moins en moins de gens prenait la peine de l'écouter. Il prétendait que cela lui était égal, mais je voyais bien que le combat l'épuisait et qu'alors même il tentait de trouver un
réconfort dans la convicton d'avoir raison, il perdait peu à peu confiance en lui."
Léviathan, Paul Auster, Le Livre de Poche, 318p.
lu aussi par : Lilly, Kathel, Allie, Jules
Par Clarinette
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Lundi 24 août 2009
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00:53
Pas de doute, Marisha Pessl est cultivée, brillante, pleine d'esprit et sait écrire. On est à la fois épaté et étourdi par sa
plume acérée et par ses citations d'auteurs tous plus pointus les uns que les autres. Elle donne l'impression, d'avoir, comme son héroïne, tout lu et tout vu (films, tableaux de maîtres...). Mais
pourquoi tant de références littéraires ? Dans la première moitié, Bleue décrit ses pérégrinations à d'une ville à l'autre et d'une école à l'autre avec son exceptionnel papa, puis ses soirées avec
sa mystérieuse professeure Hannah Schneider et ses camarades de classe plutôt antipathiques...Marisha Pessl cherche peut-être à nous taquiner et à nous fait languir avec des digressions, des
citations et on frôle l'overdose...On l'évite quand même parce que c'est parfaitement bien écrit et parce que c'est drôle, car Bleue a beaucoup d'humour et un regard très juste sur les petits
défauts et les failles de son entourage. .
Puis, vers le milieu de du livre, c'est-à-dire au bout d'environ 400 pages, il se passe enfin quelque chose de crucial. Les 400 et quelques pages qui restent sont consacrées à l'enquête menée par
la jeune fille très futée sur sa prof qu'elle a retrouvée pendue à un arbre. Et elle va élucider le mystère, avec, pour seule aide, ses livres. J'ai eu un peu de mal à m'attacher à ce personnage solitaire auquel rien n'échappe mais qui , au final, n'aime personne, en
dehors de son père et que personne ne semble réellement aimer.
Malgré tout, je ne me suis jamais vraiment ennuyée car c'est écrit avec un brio auquel il est difficile de
résister. Ce serait malhonnête de ma part de dire que j'ai détesté ce livre. Je l'ai trouvé un brin agaçant mais -je dois l'avouer- j'ai eu plaisir à le lire.
extrait : "Quittant des yeux le chihuahua marron et noir venu renifler mes chaussures, je les découvris. Tout comme Jade qui, affalée sur un
canapé en chocolat à moitié fondu, avait allumé une cigarette (et me dévsageait comme si c'était une fléchette), ils me dévisageaient avec des yeux si fixes, des corps si raides, qu'ils auraient pu
composer la série de tableaux que papa et moi avions admirée à la galerie des maîtres du dix-neuvième siècle de Chalk House, dans la banlieue d'Atlanta. Il y avait là une fille maigre aux cheveux
bruns entortillés comme une algue, qui se tenait les genoux sur le banc de piano (Portrait de paysanne pastel sur papier) ; un tout petit gars, avec des lunettes à la Benjamin Franklin,
genre indien, près d'un chien galeux,Fang (Maître avec chien courant, Angleterre, huile sur toile) et un garçon, immense celui-là, bâti comme unes armoire à glace,adossé à une
bibliothèque, les bras et les chevilles croisés, des cheveux noirs cassants sur le front (Le vieux moulin, artiste inconnu). Le seul que je reconnus, c'était Charles dans le fauteuil en
cuir (Le joyeux berger, cadre doré). Il me fit un sourire encourageant, mais je doutais que cela signifie grand-chose ; il semblait distribuer ses sourires comme un type déguisé en poulet
qui donne des bons pour un repas gratuit.
"Et si vous vous présentiez ?" proposa joyeusement Hannah."
La physique des catastrophes, Marisha Pessl, Folio, 815p.
un article de Télérama sur Marisha Pessl
Par Clarinette
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Mercredi 19 août 2009
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/2009
14:23
J'ai dévoré ce livre en trois heures pendant un
voyage en train. Je n'avais pas été autant bouleversée par un livre depuis des années.
Le thème rappelle un peu celui de Ravage de René Barjavel que j'ai lu il y a bien longtemps : un père et son fils marchent sur une route, vers le Sud, dans un paysage
complètement dévasté par la fin du monde. Ils tentent de survivre tout en évitant leurs congénères devenus cannibales. Tout pourrait paraître rébarbatif et ennuyeux dans ce roman au style
minimaliste et répétitif. C'est un roman d'anticipation mais il ne s'y passe pas grand'chose et on ne sait même pas ce qui a provoqué l'apocalypse. L'auteur s'intéresse uniquement aux deux
personnages. On ne voit pas au delà de leur champ de vision, on ne voit donc pas ce qu'est devenu le reste du monde. Par des petits détails, par la description des petits gestes qui font leur
quotidien, Cormac Mac Carthy parvient à éveiller la curiosité du lecteur et à instaurer un suspense. On s'attache à cet homme et à son fils qui semblent seuls au monde et on se demande quelle sera
l'issue de leur périple. Dans ce monde de cendres grises où les hommes semblent être revenus à l'état de bête, le père tente de protéger son enfant d'une manière complètement animale. La seule
lueur d'espoir et d'humanité semble venir du petit garçon aux cheveux blonds qui apparaît comme un ange. On est bouleversé par le lien très fort qui les unit. Un roman très sombre mais qui délivre
un message humain et spirituel très fort. Un livre très poignant que j'ai refermé les larmes aux yeux et dont j'ai eu tellement de mal à sortir qu'il m'a fallu un certain temps avant de pouvoir
enchaîner sur une autre lecture.
extrait : "Quelque chose le réveilla. Il s'était tourné sur le côté et il écoutait. Il leva lentement la tête, le revolver dans la main. il baissa les yeux sur le petit et quand il
regarda de nouveau vers la route la tête du convoi était déjà en vue. Grand Dieu, souffla-t-il. Il étendit le bras et secoua le petit, les yeux toujours fixés sur la route. Ils approchaient en
traînant les pieds dans la cendre, secouant d'uncôté puis de l'autre leur tête encapuchonnées. Quelques-uns portaient des masques à cartouche filtrante. Un autre dans une combinaison de protection
biologique. Tachée et crasseuse. Tapant du pied, avec des gourdins à la main, des tronçons de tuyau. Toussant. Puis il entendit derrière eux sur la route ce qui semblait être un camion diesel.
Vite, souffla-t-il. Vite. Il fourra le revolver sous sa ceinture et saisit le petit par la main et tira le caddie entre les arbres et le fit basculer dans un endroit où il ne serait pas si
facilement visible. Le petit était transi de peur. Il le tirait contre lui. Ca va aller, dit-il. Il faut courir. Ne te retourne pas. Viens."
La route, Cormac mac Carthy, Points, 252p.
Par Clarinette
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Lundi 20 juillet 2009
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09:49
Le manuscrit de ce premier roman de Capote a été découvert en 2004, vingt-deux ans après sa mort. Il avait dix-neuf ans quand
il a commencé à l'écrire. Il y raconte un amour impossible entre Grady, jeune new-yorkaise de dix-sept ans dont les parents, très riches, sont partis en voyage en Europe, et Clyde, un gardien de
parking, issu d'une famille juive modeste. Grady est fougueuse et passionnée, et ne supporte pas l'indifférence apparente de Clyde. Livrés à eux-mêmes dans un new-york caniculaire, il vont se
chercher, se trouver, se séparer, se retrouver...pendant tout un été.
On sent que ce roman a été écrit par une main jeune, c'est ce qui en fait à la fois le charme et le défaut. Les sentiments de l'héroïne y sont purs, profonds et entiers. Certains passages sont très
poétiques, d'autres m'ont paru un peu artificiels. Une jolie histoire que j'ai lu très facilement en gardant toujours à l'esprit le jeune âge de l'auteur mais je n'ai pas réussi à entrer vraiment
dedans, ni à m'attacher aux personnages et je l'ai trouvé nettement moins abouti que De sang-froid. On devine toutefois le grand écrivain que va devenir Truman Capote.
extrait : "Il lui attrapa la main et ils se mirent à courir, jusqu'à une paisible ruelle latérale qu'adoucissait encore une rangée
d'arbres.Quand ils s'arrêtèrent essoufflés pour s'appuyer contre un mur, il lui glissa dans les mains un petit bouquet de violettes. Elle n'eut pas besoin de les regarder plour savoir qu'il les
avait volées, comme si elle avait assisté à la scène. Les fleurs contenaient l'été tout entier,avec ses ombres et ses lumières gravées dans les feuilles, et elle en pressa toute la fraîcheur contre
sa joue."
La
traversée de l'été, Truman Capote, Le Livre de Poche, 152p.
Par Clarinette
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Dimanche 12 juillet 2009
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13:45
Suspicious River est une petite ville du Michigan. Leila y est réceptionniste dans un motel : Le "Swan Hotel". Elle est
mariée à Rick, avec qui elle mène une vie en apparence paisible. Mais, pour quelques dollars supplémentaires, elle suit certains clients dans leur chambre. Ce ne sont pourtant ni l'argent ni le
plaisir qui la motivent. Petit à petit, on remonte le fil de son histoire, jusqu'à sa mère, Bonnie, dont Leila imite le comportement monstrueux, comme pour en expier les fautes. Un jour, Gary,
pousse la porte d'entrée de l'hôtel et avec lui, Leila, va aller plus loin. Avec sa poésie étrange et unique, Laura Kasischke, expose la part de vice et de perversité qui se cache derrière les
gens ordinaires. Elle saisit des petits détails, des choses banales et en montre l'aspect, poisseux, glauque et sordide. Elle pose, même sur les moments de bonheur, de beauté ou de plaisir une
petite tache qui va ternir le tableau et susciter le malaise. Leila va aller jusqu'au bout de son calvaire, sans lutter, comme si c'était nécessaire, comme si c'était son seul moyen de se sentir
vivante et comme si, au bout, une nouvelle naissance était possible.
extrait : "Je n'avais jusqu'alors jamais
ressenti le besoin de regarder un homme comme les hommes semblent regarder les femmes -ces femmes sur les couvertures glacées des magazines, les hanches en avant et la bouche brillante à moitié
ouverte, ou sur les affiches- ces femmes provocatrices qui surgissent des téléviseurs pendant que leurs maris, assis dans leurs fauteuils, s'efforcent de ne pas les regarder devant leurs épouses,
tout en le faisant. Au drugstore, ces hommes se plantaient toute la journée devant les présentoirs des magazines, ils regardaient des pages et des pages de femmes qu'ils ne rencontreraient
jamais, qu'ils ne toucheraient jamais, dont ils ne connaîtraient jamais ni le nom ni la voix : des femmes applaties, unidimensionnelles, qui tripotaient leurs mammelons, en regardant dans le
vide. Dans le néant qui se trouvait devant elles. Etalées, ces femmes n'étaient que des angles et des lignes, de la lumière sur de l'ombre et, quand je les regardais, je me souvenais toujours
d'avoir lu au lycée, dans notre livre de sociologie, un texte sur une tribu primitive perdue, dont les memebre ne voulaient pas laisser l'homme blanc les photographier, parce qu'ils pensaient que
les caméras leur volaient leur âme.
Ces femmes en étaient la preuve, me disais-je. Le monde n'était qu'une fausse toile de fond, comme si rien n'avait jamais existé et n'existerait jamais devant ou derrière elles."
A Suspicious
River, Laura Kasischke, Points, 404p.
Par Clarinette
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Samedi 21 juin 2008
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Ouf ! J'en ai enfin fini avec ce gros pavé que je traîne depuis des semaines, pour ne pas dire des mois.
La première partie est relativement intéressante. Jack a quatre ans il parcourt l'Europe du Nord avec sa mère Alice à la recherche de son père qui les a abandonnés. On y trouve de belles
descriptions de villes nordiques telles que Oslo, Helsinki ou Amsterdam. Et comme Alice exerce le métier peu banal de tatoueuse, c'est l'occasion pour John Irving de nous faire découvrir ce milieu
un peu marginal sur lequel on sent qu'il a fait des recherches très fouillées comme c'est le cas de tous les sujets qu'il traite. Et le tout du point de vue de l'enfant ce qui donne une saveur
particulière au récit.
De retour aux Etats-Unis, sa mère le met dans une école de filles. Jack est très vite -et très jeune- initié au sexe et marqué à vie par une première expérience traumatisante.
Devenu adulte, Jack est un acteur très connu plus ou moins abonné aux rôles de travesti. Il découvre que sa mère lui a menti au sujet de son père. Cette partie m'a parue longue et fastidieuse. Sans
doute pour donner un peu plus de piquant, John Irving fait croiser à Jack des personnages réels, des stars hollywoodiennes telles que Billy Cristal, Arnold Schwartzenegger ou Pedro Almodovar. Mais
j'ai trouvé cela inutile et factice.
Vers la fin, tout de même, j'ai ressenti un peu d'émotion et j'ai fini
par trouver Jack presque sympathique. Le reste du temps je me suis demandé :
"pourquoi tant de pages ?" Irving cherche à montrer à quel point l'absence de son père et les mensonges de sa mère ont marqué Jack au fer rouge et influencé sa vie aussi bien sentimentale que
sexuelle ou professionnelle, mais il semble avoir cherché à délayer son histoire dans une multitude de détails et de personnages. Avant de mener son héros au dénouement, il lui fait faire toutes
sortes de détours et traverser les épreuves les plus diverses et les plus saugrenues. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne manque pas d'imagination, mais trop c'est trop...j'ai frôlé
l'indigestion. Pourtant je l'ai lu jusqu'au bout -avec des périodes de répit- parce qu'il s'agit de John Irving qui a été un de mes auteurs préférés, que son style reste agréable à lire et qu'il a
l'art de créer des situations insolites, scabreuses et drôles.
premières phrases : "Selon sa mère, Jack Burns était comédien avant même de monter sur les planches, et pourtant ses plus vifs souvenirs
d'enfance le renvoyaient aux moments où il avait ressenti l'urgence de saisir la main maternelle. Et dans ces moments-là, il ne jouait pas la comédie.
Certes, rares sont les souvenirs qui remontent avant l'âge de quatre ou cinq ans, et ces premiers souvenirs sont sélectifs incomplets, voire faux. Le moment où Jack croyait avoir eu besoin de
tendre sa main vers celle de sa mère pour la première fois était peut-être la centième, la deux centième."
Je te retrouverai, John Irving, Editions du Seuil, collection Points, 1004p.
Par Clarinette
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Vendredi 14 septembre 2007
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19:05
Ted est sur le point de se suicider quand un camion lui rentre dedans, sa tête est arrachée. Puis elle est grossièrement recousue... Pendant les obsèques, il se redresse soudain et se lève
de son cercueil. S'ensuit une série de péripéties aux cours desquelles il ouvre les yeux sur ses concitoyens et sur lui-même...Sa "résurrection" le rend en quelque sorte "extra-lucide" et Ted
qui se voyait comme un raté de fait le bilan de sa vie passée et réfléchit sur sa vie de couple et de famille.
Ce roman est une réflexion sur le sens de la vie et de la mort : à partir de quel moment est-on mort ? Comment la mort est perçue par la société ?
Car Ted n'est ni vivant ni mort. Certains le prennent pour un Messie, d'autres pour le Diable en personne. C'est l'occasion pour Percival Everett de se moquer des sectes et fanatiques de tout
poil.
Mais c'est aussi un prétexte pour passer en revue les tares et les angoisses qui tourmentent les américains. Le tout sur un rythme effréné...
Un roman écrit dans un style plutôt drôle, enlevé et plaisant à lire. Ca pourrait faire un bon film...Ca m'a fait un peu penser à du John Irving mais en moins bien. Ca va un peu trop vite, il
manque, à mon goût, une petite dose d'audace et de profondeur. Pas inoubliable, donc...
extrait : "Le choeur entonna un chant intitulé, Ce chemin qui nous mène au Seigneur Jésus-Christ, Notre Sauveur, tandis que l'assemblée debout, missels ouverts, articulait
des paroles en silence, et que s'échangeaient des regards stupéfaits. C'est alors, dans l'harmonieuse vibration de l'ultime amen, que Théodore Larue se redressa dans son cercueil. Un silence
incompréhensible, quoique de courte durée se fit dans l'église. Emily Larue poussa un cri et, agrippant sa mère, tenta de se hisser dans ses bras, tandis que sur la bouche de Perry Larue se
formaient en continu les syllabes "pa-pa". Gloria Larue s'évanouit mais resta figée debout, les yeux écarquillés. Sa soeur s'enfuit vers la porte, prit se grands pieds dans le tapis rouge
presque au bout de l'allée et vint rouler aux pieds d'un aveugle, robe par dessus tête. Orville Orson se mit à lâcher des pets à répétition, le doyen à prier à voix haute. Dame
Beowulf saisit dans son sac la bombe au poivre dont son fiancé lui avait fait cadeau. Face tournée vers le plafond de la Première Eglise chrétienne du Sang sacré et de l'Esprit éternel,
Larville Cène leva les mains au ciel et se mit à crier, "Seigneur Jésus-Christ ! Seigneur Jésus, Mon Dieu ! Alléluia ! Un miracle dans mon église ! Dans ma maison de Dieu à moi ! Jésus !
Jésus ! Jésus !
Puis la chorale à l'unisson se mit à clamer : "Jésus ! Jésus ! Jésus !"
Parmi les clameurs, les cris et les pets, Ted Larue sortit de son cercueil et fit face à l'assemblée. Son pantalon s'étant trouvé être juste à la taille du sieur Sandre, il était nu à partir de la
ceinture, ses organes décrivant devant lui un courbe élégante."
Désert américain, Percival Everett, Editions
Actes Sud, Collection Babel, 317p.
L'avis d'Allie
Par Clarinette
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