Dimanche 6 septembre 2009
J'ai découvert Paul Auster il y a quelques années peu de temps avant de commencer ce blog. J'ai voulu alors ingurgiter toute son oeuvre d'un coup mais au bout de trois ou quatre livres, je me suis
lassée. J'ai adoré la Trilogie
Newyorkaise et Moon Palace, j'ai un peu moins aimé Mr Vertigo. Puis
j'ai enchaîné sur L'invention de la solitude et Le livre des illusions que je
n'ai pas lus jusqu'au bout. Ce n'est que ces jours-ci que j'ai redécouvert dans ma PAL les livres que j'avais abandonnés dont celui-ci.
Le début apparaît comme une biographie rédigée par le narrateur Peter Aaron. En apprenant sa mort,
celui-ci a décidé de prendre la plume pour raconter la vie de son meilleur ami Benjamin Sachs. On s'attend alors à un récit un peu ennuyeux. Dans un sens, cela donne un aspect plus réaliste à
l'histoire et cela permet au lecteur de mieux y croire... Mais, plus on avance dans le livre, plus il
ressemble à un roman. D'abord parce que le narrateur lui-même est impliqué et joue un rôle dans le destin de son personnage, il n'est pas un simple observateur. Et puis, on finit par être pris par
cette histoire comme par un thriller...Paul Auster a l'art de faire monter le suspense. Par un enchaînement de rencontres fortuites, de hasards, et de coïncidences, il démontre comment un Américain
moyen, brillant et cultivé, qui a tout pour réussir devient un terroriste poseur de bombes qui va s'attaquer au grand symbole préféré des américains : la statue de la Liberté. Ca pourrait paraître
tordu, pourtant on y croit parce que c'est tellement bien écrit que même les situations plus invraisemblables paraissent plausibles.
Paul Auster évoque aussi assez discrètement : l'époque Reagan, la fin des années 70 et avec elle la disparition de certaines valeurs idéalistes remplacée par le matérialisme et l'individualisme des
années 80, et, vers la fin du roman, la chute du mur de Berlin... Léviathan montre un homme qui se cherche dans un monde en pleine
mutation.
Un livre que j'ai trouvé très intelligent et passionnant.
extrait : "L'époque Reagan commençait. Sachs continuait de faire ce qu'il avait toujours fait, mais dans le nouvel ordre américain des années quatre-vingt, sa position tendait à se
marginaliser. S'il ne manquait pas de lecteurs, leur nombre se réduisait néanmoins et les revues qui le publiaient devenaient de plus en plus obscures. De façon presque imperceptible, il en vint à
être considéré comme dépassé, comme décalé par rapport à l'esprit du temps. Le momnde autour de lui avait changé, et dans le climat ambiant d'égoïsme et d'intolérance, d'américanisme débile et
triomphant, ses opinions rendaient un son étrange de raideur et de moralisme. Il était déjà assez inquiétant que la droite fût partout en pleine progression ; l'écroulement de toute réelle
opposition à cette droite paraissait à Sachs plus inquiétante encore. Le parti démocrate s'était effondré ; la gauche avait pratiquement disparu ; la presse était muette. L'autre bord s'était
soudain approprié tout les arguments, et élever la voix contre lui passait pour de mauvaises manières. Sachs continuait à exprimer ses idées, à affirmer haut et fort ce qu'il avait toujours cru
vrai, mzis de moins en moins de gens prenait la peine de l'écouter. Il prétendait que cela lui était égal, mais je voyais bien que le combat l'épuisait et qu'alors même il tentait de trouver un
réconfort dans la convicton d'avoir raison, il perdait peu à peu confiance en lui."
Léviathan, Paul Auster, Le Livre de Poche, 318p.
lu aussi par : Lilly, Kathel, Allie, Jules
Par Clarinette
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Vendredi 14 septembre 2007
Ted est sur le point de se suicider quand un camion lui rentre dedans, sa tête est arrachée. Puis elle est grossièrement recousue... Pendant les obsèques, il se redresse soudain et se lève
de son cercueil. S'ensuit une série de péripéties aux cours desquelles il ouvre les yeux sur ses concitoyens et sur lui-même...Sa "résurrection" le rend en quelque sorte "extra-lucide" et Ted
qui se voyait comme un raté de fait le bilan de sa vie passée et réfléchit sur sa vie de couple et de famille.
Ce roman est une réflexion sur le sens de la vie et de la mort : à partir de quel moment est-on mort ? Comment la mort est perçue par la société ?
Car Ted n'est ni vivant ni mort. Certains le prennent pour un Messie, d'autres pour le Diable en personne. C'est l'occasion pour Percival Everett de se moquer des sectes et fanatiques de tout
poil.
Mais c'est aussi un prétexte pour passer en revue les tares et les angoisses qui tourmentent les américains. Le tout sur un rythme effréné...
Un roman écrit dans un style plutôt drôle, enlevé et plaisant à lire. Ca pourrait faire un bon film...Ca m'a fait un peu penser à du John Irving mais en moins bien. Ca va un peu trop vite, il
manque, à mon goût, une petite dose d'audace et de profondeur. Pas inoubliable, donc...
extrait : "Le choeur entonna un chant intitulé, Ce chemin qui nous mène au Seigneur Jésus-Christ, Notre Sauveur, tandis que l'assemblée debout, missels ouverts, articulait
des paroles en silence, et que s'échangeaient des regards stupéfaits. C'est alors, dans l'harmonieuse vibration de l'ultime amen, que Théodore Larue se redressa dans son cercueil. Un silence
incompréhensible, quoique de courte durée se fit dans l'église. Emily Larue poussa un cri et, agrippant sa mère, tenta de se hisser dans ses bras, tandis que sur la bouche de Perry Larue se
formaient en continu les syllabes "pa-pa". Gloria Larue s'évanouit mais resta figée debout, les yeux écarquillés. Sa soeur s'enfuit vers la porte, prit se grands pieds dans le tapis rouge
presque au bout de l'allée et vint rouler aux pieds d'un aveugle, robe par dessus tête. Orville Orson se mit à lâcher des pets à répétition, le doyen à prier à voix haute. Dame
Beowulf saisit dans son sac la bombe au poivre dont son fiancé lui avait fait cadeau. Face tournée vers le plafond de la Première Eglise chrétienne du Sang sacré et de l'Esprit éternel,
Larville Cène leva les mains au ciel et se mit à crier, "Seigneur Jésus-Christ ! Seigneur Jésus, Mon Dieu ! Alléluia ! Un miracle dans mon église ! Dans ma maison de Dieu à moi ! Jésus !
Jésus ! Jésus !
Puis la chorale à l'unisson se mit à clamer : "Jésus ! Jésus ! Jésus !"
Parmi les clameurs, les cris et les pets, Ted Larue sortit de son cercueil et fit face à l'assemblée. Son pantalon s'étant trouvé être juste à la taille du sieur Sandre, il était nu à partir de la
ceinture, ses organes décrivant devant lui un courbe élégante."
Désert américain, Percival Everett, Editions
Actes Sud, Collection Babel, 317p.
L'avis d'Allie
Par Clarinette
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